le Dieu Impatient

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« Écrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite parfois que la main lutte et renâcle, surmenée par le dieu impatient qui la guide… »
Colette, La Vagabonde

 

20 Nov Pose statique et extatique

  Vues plongeantes sur les pistes d'atterrissage assez lointaines, qui raient de leurs rubans noirs d'asphalte une immense prairie vaincue, inutile et définitivement livrée à l'industrie humaine. Tout au fond, une ligne grise de bosquets et d'arbres qui bordent le champ d'aviation. Sous le ciel bas et pâle, un aimable soleil d'après-midi d'hiver perce un peu, encore doux et doré. La Pologne, le vrai pays, elle commence juste derrière, là-bas. Ces derniers jours, j'accumule les heures passées et repassées dans la passivité du voyageur qui attend son avion. Pose statique et même extatique tant ces lieux uniformisés et banalisés se ressemblent dans...

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17 Nov pouvez-vous me supprimer de votre liste merci ?

S'il vous plaît, exigez que je ne vous envoie plus de messages ! Stop aux envois pas mutuellement consentis ! Arrêtons cette indigence, de grâce. Cette aumône, la mienne, elle est indigne et insupportable. Celle d'un peu de temps, de regard, d'attention, de lecture pour mes mauvais sketches. Puisque je n'y arrive pas, aidez-moi ! Faites au moins ça ! Vous le savez. Les yeux, la lecture, cela va directement au cerveau. Froidement. Sans parfum, sans bruit. Sans artifices. C'est pour l'intelligence d'abord ! du direct ! du noble, du vrai. Et alors, tout est possible ! Pour peu qu'il y...

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16 Nov Cet homme dans la rue, tout à l’heure

Y a t'il autant de bon que de mauvais ? Ce mendiant, pas tout jeune, accroupi tout à l'heure dans le froid sur le trottoir ? Il ne masquait plus aux passants son regard fatigué, définitivement vaincu. Le dévouement universel, l'attitude admirable de nombreux humains qui courent sauver les victimes des catastrophes dès qu'elles surviennent aux quatre coins de la terre ? Les humaineries, nos guerres mondiales et quotidiennes aussi dont nous ne pouvons pas nous passer, cette lutte pour la survie permanente, les combats, les compétitions, les ambitions, les jalousies ? Y a t'il une balance et de quel côté...

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16 Nov Cauchemars ?

Il avait fait très chaud ce soir là. William Williamson s’était couché trop tôt et trop vite. Réveillé en pleine nuit et ne pouvant plus trouver le sommeil, il brancha la radio qui diffusait la chronique de faits-divers criminels. En suivant le déroulement d'une histoire, il s'enfonce dans la nuit. Il ne sait plus s’il dort ou s’il est mêlé à l'action : il y a eu un crime et le meurtrier qui, fuyant dans l'obscurité, pousse un corps enveloppé dans un grand sac de toile, en pleine forêt, sous une pluie diluvienne. La masse qu'il traine est alourdie par l’humidité...

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10 Nov Fragilité Féminine

C'est ce passage de la seconde partie de "Vagabonde" où les protections de Renée vont difficilement tomber, les unes après les autres, pour accepter de se livrer de nouveau à l'amour. Il n'a pas le souvenir d'avoir jamais lu ailleurs, pas encore, une telle description des sentiments féminins. Nous ne comprenons si mal ce qui se passe dans le coeur comme dans ce corps des femmes, trop convoités pour notre seul plaisir. C'est déjà un premier pas, un progrès de le savoir. Au bout de mois de solitude, ce sont ces lignes lues et relues hier soir qui l'ont ému. Que nous...

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08 Nov Closerie des Lilas

Ce lieu me rappelle les grandes intimiditations du provincial qui montait à Paris. C'était il y a des années qui, heureusement, me semblent à des lumières ce soir. Pendant quatre années, mes études à quelques encablées d'ici m'en ont fait longer bien souvent la terrasse, sans que jamais je n'ose pénêtrer le sanctuaire. Une haie de tuyas, taillés d'autorité comme les cheveux d'un général en brosse, montait la garde sur le trottoir et protégeait les lieux du regard des profanes. Et puis, il y avait le nom aussi qui n'encourageait pas : La closerie me paraissait bien opaque. Je n'y avais...

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06 Nov le dieu idiot

Elle savait bien que quelque chose avait changé. Au réveil, elle s'était sentie encore plus fatiguée, comme au bout d'une nuit blanche. Elle avait pourtant dormi, d'un sommeil lourd, long et sans rêves, telle une plage déserte au sable gris, étirée jusqu'à l'épuisement, sans jamais finir dans la mer. Elle n'aurait jamais l'énergie d'affronter la journée qui menaçait. Déjà, son ventre lui faisait mal, une de ces douleurs sourdes et fidèles qui revenaient de plus en plus souvent. De la paume de la main, elle effleura son visage. D'un geste semblable à une caresse égarée, elle toucha une joue, l'autre joue,...

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05 Nov Rassure-toi

ton Rassure-toi, putain bordel de merde, il n’y a pas que des cartes postales autour. Moi aussi j’ai une journée de merde aujourd’hui, Et l’envie de la vomir avec toi, Sympa, non ? Ce ne sont sans doute que des é-pi-phé-no-mè-nes, mais j’avais envie de le partager avec toi, Putain de novembre L'hiver est en train de nous charrier toutes ses feuilles mortes, ses cadavres, ses brumes et ses saloperies enrobées dans des vents fourbes et mauvais, le salaud. Mon père et ma mère y sont passés, que je sache. Dans tout cela, j’’espère au moins que tu vas cesser de clamer ton amour pour les décharnés, les...

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04 Nov Laissons les morts enterrer les morts

Hier, pour Colette, c'était l'exception. Je ne vais pas maintenant les passer tous en revue et leur rendre un hommage à chacun, circonstancié et personnalisé. Un instant, je les ai tous vus. Leurs ombres se mêlaient dans une file d'attente le long d'un couloir obscur, au creux de mon imagination, où jouaient des rayons de lumière ensorceleurs. J'ai distingué un sourire chez l'un, une pose attendrissante chez l'autre, une moue séductrice encore. Aussi cabotins que des danseurs de revue, ils voulaient tous que je les célèbrent dans mon panthéon. Je voyais bien le visage des premiers, qui avaient joué des coudes...

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03 Nov Recherche Colette, désespérément

J'ai écouté de nombreux fragments de ses interviews encore disponibles. Tout de suite, son accent rocailleux m'a intrigué. Il était le signe que cette Terrienne était profondément reliée à la nature, celle de sa Bourgogne natale. Des photos d'elle, au spectacle ou dans sa solitude d'écrivain, j'ai vu une beauté qui m'a éveillé, j'ai goûté une sensualité qui m'a enivré. De son existence mouvementée aux multiples métamorphoses et renaissances, j'envie toujours la liberté, l'énergie, le courage d'assumer et de faire face. J'apprécie de plus en plus son oeuvre, dont je découvre la richesse aujourd'hui. Tous ont magnifié la précision et la justesse...

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