roman

Roman

Je vois le visage d’une femme

Elle est au-dessus de moi.

Je suis étendu dans l’herbe.

Elle me surplombe, au point d’emplir complètement mon champ visuel. Ce n’est plus la voûte céleste, c’est elle qui est mon ciel.

L’éclat de son regard sombre plonge au plus profond de moi, quand le grain de sa peau scintille à l’or de la lumière du soir. Des boucles de ses cheveux clairs bordent le haut de son front et les côtés de ses joues.

Ses yeux et son sourire sont posés sur moi. L’intensité, la gravité et la paix qu’ils expriment ouvrent mon âme. Une chaude douceur se répand en moi.

Je me sens aimé et reconnu entièrement. Je saisis que je suis enfin en train de vivre la vraie rencontre, celle que j’attends depuis toujours. Celle qui m’a frôlé à certains moments de ma vie, sans jamais me rejoindre comme à cet instant.

À un moment, le regard de cette femme change. Il devient fixe. Et puis, c’est son sourire qui se fige. Le froid de la nuit qui avance pénètre l’air et me fait frissonner.

Maintenant, son expression est d’une profonde tristesse. Sans dire un mot, elle commence à défaire les boutons de son corsage. Dans la pénombre, je distingue ses seins.

Je pose la paume de mes mains sur chacun d’entre eux. Du visage immobile de la femme, quelques larmes coulent sur ses joues.

Et je comprends alors.

Sa poitrine est froide et dure comme la pierre. Mes mains se sont heurtées à la dureté de sa chair. Mes yeux remontent jusqu’aux siens. J’entends sa voix, qui étouffe un sanglot.

– C’est une maladie. Une maladie mortelle…

Quelle maladie ? La sienne, ou la mienne ? Cette question surgit en moi, et l’effroi que je ressens alors est si fort qu’il me réveille.

À moins que ce soit le téléphone dont la sonnerie déchire la nuit.

Avant de décrocher, je regarde l’heure. Il est 5h24.

C’est mon frère.

« Maman va mal. J’ai veillé cette nuit auprès d’elle. Un infirmier vient de passer. Il pense qu’elle n’en a plus pour très longtemps. »

De ma fenêtre, mes yeux à peine ouverts plongent dans la pénombre du jardin. L’aube est encore hésitante. Un instant, je voudrais me recoucher. Peut-être qu’un peu de sommeil suffirait à effacer la nouvelle ?

Pendant quelques minutes encore, je reste assis au bord du lit. Dans ma tête résonne encore la dernière phrase prononcée par Paul :

« Il est temps que tu viennes »…

… pour lire la suite, il faudra attendre la publication du roman, que j’espère prochaine…