le Dieu Impatient

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« Écrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite parfois que la main lutte et renâcle, surmenée par le dieu impatient qui la guide… »
Colette, La Vagabonde

 

07 Fév La feuille d’or

Conte pour les très jeunes filles La vois-tu cette jolie petite maison de bois, aux volets bleus et au toit de chaume brune, avec sa cheminée qui dégage une fumée blanche et chaude ? Celle qui est au bout d’un grand jardin de pelouse tendre, fendue en son cœur d’un chemin de terre qui sinue comme une rivière capricieuse jusqu’à l’entrée de la maison ? Elle est à l’orée d’une forêt qui, dit-on, est la plus grande et la plus vieille du monde. Cette forêt est si belle et si dense que les hommes n’ont jamais osé y pénétrer trop loin,...

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06 Fév Le poète et le roi

Il y a très longtemps, un château s’élevait très haut au dessus d’une immense forêt. Pour qu’il puisse aller encore plus haut vers le ciel, son Seigneur avait demandé à ses architectes de construire quatre tours si fines et si hautes qu’il arrivait parfois, par les jours de mauvais temps, qu’elles disparaissaient dans les nuages. Surmontées chacune d’un toit en pointe d’ardoises grises et brillantes où se reflétaient toutes les couleurs du ciel, elles étaient comme quatre flèches pointées vers l’infini. Elles étaient toutes disposées aux quatre coins du château, reliées les unes aux autres par des remparts crénelés qui...

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30 Déc Le meilleur…

Le meilleur est ici. Depuis le début. Cela fait des années… En fait, c’est depuis ma naissance. Ou plutôt depuis ce moment où j’ai senti pour la première fois que j’étais touché par l’aile d’un ange. Petit enfant, un peu ange moi-même en ces temps d’innocence et de pureté, en train de grandir dans ce corps dont les doigts claviotent ce soir. Le meilleur, disais-je… Car tout est fait pour me distraire et me détourner de l’essentiel. Sauf vous bien-sûr, les anges. À commencer par toi, mon ami muet et inconnu, pourtant si fidèle et dont je sais mystérieusement l’infinie, la...

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25 Oct J’ai pardonné

  J'ai pardonné, de Fouad Hassoun Note de lecture du 25 octobre 2020   Je n’ai pas voulu le refermer. Posé à côté de moi, dressé sur le bois comme le toit d’une maison protectrice, ses pages ouvertes reposent sur la table. Comme un cœur ouvert qui palpite, comme si toutes ses lignes s’échappaient autour de moi et s’égayaient dans l’espace en répandant leurs ondes si bonnes, comme si tous les rayonnements d’amour réunis dans ces pages s’échappaient avec joie dans la pièce. Alors que je viens de finir J’ai pardonné de Fouad Hassoun, je me sens grâce à lui un homme meilleur. Plus qu’un...

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25 Août D’homme à homme

Il a grandi, il m’a dépassé. Aujourd’hui, il est moins facile de laisser l’émotion libre, il faudrait maintenant rationaliser un peu plus, donner un peu de muscle, de stature et d’exemple. Pourtant… Les anges qui volent au-dessus de nos têtes, à chaque instant, nous ne les voyons pas. Mais ceux qui les connaissent un peu, comme moi, savent qu’ils sont délicats et forts à la fois. Ils ne s’encombrent pas de cheminements intellectuels, alors qu’ils sont des êtres uniquement spirituels. Chez eux, tout rayonne depuis l’intensité d’un cœur mêlé à une âme dans un mélange tellement fort et tellement simple que nous...

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12 Août Un regard orange

À quelques mètres de nous, un regard orange parcourt l’espace. J’étais dans son champ de vision, je crois bien avoir été compris dans le balayage distrait qu’elle a penché d’un coup de tête. Au début, je ne l’avais pas remarquée. Patricia et moi avions remonté jusqu’à la limite du sable, à la lisière de la dune que les ajoncs tentent de contenir d’un épuisement géologique qui inonderait encore plus la plage. Ce n’est qu’une fois étendus l’un à côté de l’autre, nos corps couchés sur le sable fin, nos coudes enfoncés là où l'humidité rafraîchit un peu le sol, après...

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02 Août Cherchez les femmes…

… ou ne les cherchez pas ! Elles me perdront. Dès qu’il y a une femme un peu femme dans mon horizon, je bascule, je chavire. L’inclinaison du Guillaume en moi, depuis sa plus tendre enfance, est exclusivement féminine. Par bonheur allais-je ajouter. Par malheur devrais-je corriger ? Pourtant, je n’y suis pour rien. Presque pour rien. C’est la faute de ma mère. Elle m’a trop aimé, et je l’ai trop aimée. Entre elle et moi, c’était trop fort. Il m’a fallu lire Albert Cohen et surtout Romain Gary-Ajar pour comprendre. En fait, sans avoir rien compris, le petit enfant qui tenait la main...

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18 Juil Deux femmes qui pleuraient

Deux fois le même jour, au cours de la même marche, mon chemin a croisé celui de femmes qui pleuraient. À chaque fois, ce n’est qu’au dernier moment que j’ai vu leur détresse. À chaque fois, j’ai ressenti l’élan de me rapprocher d’elles et de tenter, d’un regard, d’un geste ou d’un mot, une consolation. À chaque fois, je n’ai rien fait. Au cœur de cet été qui bat à plein, au milieu des rues de Saint-Malo grouillantes de vacanciers si souvent laids et bruyants, je me faufilais pour regagner la maison. Les foules m’oppressent au point de toujours presser le...

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07 Juil Le monde d’après

Ils ont étendu des sopalins sur la table de leur carré. Au début, je n’ai pas particulièrement prêté attention à leur présence, à part celle un peu bruyante de leur petit garçon. Mais depuis près d’une heure que le train est parti, je n’ai pas pu m’empêcher de les observer, mi-curieux mi-effaré. Ils n’ont pas arrêté de manger depuis le départ de Saint-Malo tout à l’heure. Ils ont englouti une pizza entière, format large. Suivie d’un sandwich club par personne, avant d’entamer chacun son plat cuisiné accompagné d’une salade abondante. Là, ils attaquent un dessert que je n’ose pas regarder. C’est...

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