le Dieu Impatient

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« Écrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite parfois que la main lutte et renâcle, surmenée par le dieu impatient qui la guide… »
Colette, La Vagabonde

 

08 Mar Une longue nuit (suite)

Il faudrait que je me lève pour ouvrir les volets lourds qui condamnent la lumière du dehors. J’ai peu d’espoir : aucune lueur ne transperce les lattes de bois. Le contact de la plante de mes pieds sur le parquet est rassurant. De quoi me donner assez de force pour aller vers la fenêtre. Aucun bruit ne traverse l’obscurité de la chambre. Les rumeurs de la ville se seraient elles étouffées à leur tour dans les nimbes de mon engourdissement ? À tatons et sans y croire, je parviens jusqu’à la fenêtre. Une fois ouverte, je n’ai aucune difficulté pour ouvrir les deux...

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07 Mar Une longue nuit

Comme une nuit d’hiver, où il fait froid. Où il est mieux sans doute de s’endormir et de voguer librement sur les courants des rêves. Ceux-là, avec un peu de chance, m’emméneront où j’aime le plus. Des îles paradisiaques du Pacifique aux lagons accueillants, aux vols dans l’azur doux comme Nils Holgersson, aux sommets d’arbres vénérables, jusqu’aux courbes voluptueuses d’amantes délicates et passionnées. Mais quand je me réveille, il fait toujours nuit. Pourtant, l’horloge marque huit heure. Nous sommes à l’est, là où le jour vient toujours trop tôt. Mais ce matin, il n’est pas là. Le fébrile frottement de...

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28 Fév Bas de Cuir

Des souvenirs d’enfance flottent et remontent à ma conscience. Je ne sais pas s’ils sont tous réels ou inventés. Certains ont peut-être été reconstruits avec des bouts de réalités ou de mémoires. Ce que je sais en revanche, c’est qu’ils sont importants. Ils me visitent parfois, en rêves ou en pensées. Ils constituent ce qu’il y a de plus cher en moi, de plus vrai peut être : j’ai l’impression qu’ils contiennent l’essentiel de qui je suis. Ce sont des nuages de l’enfance qui me viennent de vents lointains. Je ne sais plus très bien ce qu’ils disent. En revanche, je...

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17 Jan Je n’ai pas vu

Je n’ai pas vu… Que vous m’aimiez… Que vous m’appeliez… J’entendais vos appels, je distinguais vos besoins… Mais je n’y comprenais rien. J’étais trop englué dans mes propres attentes. Je cherchais autre chose. Mes désirs, mes besoins ne me portaient pas vers vous. J’étais aveugle, tant j’ignorais ce qu’il y avait en vous. J’imagine parfois une île déserte. Moi, naufragé misérable et errant depuis des heures et des jours. Tout d’un coup, il est une silhouette qui se dégage des vapeurs du lointain. Un homme, ou une femme qui se rapproche de moi. Il est encore trop tôt pour le savoir. Le miracle...

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15 Jan Suis-je mort ce soir ?

Blue or black monday. Il paraît, selon des statisticiens corrompus par les agences de voyage anglaises (on les comprend), que notre lundi d’aujourd’hui est le pire de l’année. Le pire des lundi, mais pas seulement. Le pire de tous les jours de la semaine inclus. La lumière qui pisse au dehors, les comptes bancaires qui saignent, l’été qui ment, les rêves qui fuient, les humains qui déçoivent ou qui mentent, aujourd’hui encore plus que d’habitude, lamentablement… Alors, suis-je mort à mon tour ? J’ai l’impression ce soir que mes illusions, mes idéaux et mes rêves se sont fracassés plus que...

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10 Jan Je ne suis pas mes pensées

Nuages d’un ciel de janvier si bas qu’ils obscurcissent mon esprit. Mes pensées ne sont pas des réalités, elles ne sont que des ombres. Je ne suis pas mes pensées, elles ne sont pas moi. Qu’est-ce que la pensée ? Un vagabondage de l’esprit ? Une projection de l’imagination ? Des émotions, le mélange de croyances et d’impressions qui se transforment en illusions de la réalité ? J’écoutais deux sages tout à l’heure à la radio. Ils tentaient de répondre avec beaucoup d’humilité, de recul et de sagesse à la question : où est Dieu ? Une autre question m’a frappée :...

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01 Jan La forêt des ombres

Notre civilisation urbaine est dangereuse. Celle où, peu à peu, le béton recouvre la terre, où la nature est écartée de plus en plus loin des hommes que les nécessités ou l’ennui ont concentré dans des villes devenues démesurées et tentaculaires. De cette histoire, surgie de ma mémoire, de mon imagination ou d’un songe, cet enseignement fait partie de ceux que l’on pourra en tirer. Mais il n’est pas le plus important, au point que je n’y reviendrai plus. S’il le veut, le lecteur jugera, en temps voulu. De mon côté, je vais plutôt reprendre le cours de mon récit...

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28 Déc Souvenirs de Noël

C’est dans les délices de ma petite enfance que je puise mes premiers souvenirs de Noël. Comme pour des millions de petits français, Noël chez nous était avant tout la grande fête familiale, le point culminant de l’année. Le sapin, la crèche, les cadeaux… rien ne manquait et la joie était toujours au rendez-vous. Est-ce pour cela que mes parents entretinrent le mythe du Père Noël le plus longtemps possible ? À mon tour, je décidai de respecter la fable si importante pour nous tous jusqu’aux rivages de l’adolescence. Était-ce pour prolonger l’enfance ou pour maintenir une complicité particulière avec...

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19 Déc Nuit bloquée

J’entrais dans ma nuit. Les vides de la journée m’avaient suffisamment lassés, j’étais fatigué et mûr pour le meilleur des sommeils. C’est à ce moment que j’ai vu l’homme arriver à ma hauteur. Je dis bien à ce moment, c’est important. Celui où je ne m’étais pas encore enfoui dans les rêves. Il était laid, ridicule et grimaçant. Il calait sa petite et maigre silhouette contre le seuil d’une porte ouverte. Derrière lui, il y avait un couloir qui menait partout. J’avais senti l’appel du vent et les feuillages chantaient déjà leur forte incantation. Celle-là, la même, je le sais,...

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12 Nov Ce qui est vraiment sûr

Le ciel bas de novembre a le mérite de chasser nuages, croyances et illusions qui défllent sous le vent. Alors, il ne reste que deux certitudes. C’est ce que je me disais-je hier, en remontant les rues humides de la ville froide et hostile. J’allais vers le jardin du Luxembourg, comme le naufragé gagne l’île à la nage sans la perdre des yeux un instant. Mon pas était pressé, mes pensées silencieuses : je ne voulais perdre aucune seconde de plus avant de retrouver mon asile de paix et de beauté. Une fois de plus, je fuyais les bruits, ceux...

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