le Dieu Impatient

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« Écrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite parfois que la main lutte et renâcle, surmenée par le dieu impatient qui la guide… »
Colette, La Vagabonde

 

13 Juil L’homme étrange

J’avais bien remarqué cet homme étrange. Il ne ressemblait à personne, et pourtant nul ne s’étonnait de sa présence parmi nous. Mes parents étaient là, ils se réjouissaient tellement de la venue de tous, mes frères et soeurs, quelques proches de la famille, des cousins plus ou moins éloignés, des amis qui étaient descendus du village dans la maison des bords de la rivière. Et cet homme. Il faisait beau et chaud, on était certainement en été. Il y avait un parfum de fête, de légèreté et de musique joyeuse qui baignait dans ma tête. Lui ne parlait pas. Il semblait se...

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12 Juil L’autre côté

Combien de fois ? Il n’y en a pas eu tellement. Pourtant, l’intensité de chaque voyage est telle que leur rareté a suffit pour me convaincre. Parfois, l’au-delà ressemble aux jungles d’Amazone, où la végétation fusionne en une fluidité d’énergie formidable et continue où je m’enroule moi-même comme une liane amoureuse autour des arbres venus à ma rencontre. D’autre fois, c’est une explosion d’étoiles des nuits du désert, où leur scintillement répond à l’unisson aux palpitations de mon coeur pour le faire battre dans tout l’univers. Pour prolonger la joie profonde de ces départs, puisqu’ils ne durent jamais, j’ai trouvé un remède qui fonctionne...

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16 Juin L’histoire du chat qui s’ennuie

En fait, il s’agit de mon chat. Non pas celui d’un conte de Perrault ou d’une nouvelle de Colette. Mais simplement celui qui a décidé de partager un temps important de ma vie en me choisissant, il y a quelques années. Il était alors un tout petit bébé chat emmêlé dans un noeud de chatons qui venaient de naître et qui se blottissaient encore contre leur mère, dans un petit appartement où j’avais pris rendez-vous avec une dame experte dans l’élevage de chats d’origine sibérienne. Ils étaient réputés pour leur beauté et la pureté de leur sang. La vague de...

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15 Juin Eva

Vous rendez-vous compte ? Je ne me souviens pas du prénom de la première femme avec qui j’ai fait l’amour ! Elle était du genre nordique, Cristina ou Maria ou Eva. Je ne sais plus très bien, mais je crois bien qu’elle s’appelait Eva. Ce dont je me souviens très bien en revanche, c’est de son corps. Des seins flamboyants pleins comme des outres de miel, des cheveux blonds ondulés qui lui arrivaient à la taille, une bouche généreuse qui embrassait bien et mordait encore mieux, le déhanchement d’une déesse, la placidité et la furie en même temps… Depuis, j’ai fait...

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05 Juin Fluorescences

Avant, j’étais un humain comme vous. Un jour, je ne sais plus très bien s’il y a longtemps, mais cela n’a plus d’importance, je crois que je me suis transformé en arbre. Sur le coup, je ne m’en étais pas rendu compte. Autour de moi, je voyais que certains d’entre vous pleuraient ou gardaient le silence, le visage grave et lourd. Pourtant, j’étais reposé. J’ai cru au début que je dormais, car je ne ressentais ni fatigue ni douleur. Je ne comprenais pas votre tristesse, j’étais si bien… Bientôt, j’ai senti que mon corps se transformait et qu’il s’élevait peu à...

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27 Mai Désirs

Je ne sais pas, je ne peux pas te répondre… j’ai les écoutilles qui se ferment les unes après les autres… tu comprends ? Je ne sais pas si je t’entends. D’ailleurs, à ton tour, m’entends tu ? En fait, je ne sais pas pourquoi j’’écris cela. Je ne voulais pas parler… qui a tort qui a raison ? Je m’en fiche complètement. Je voulais toucher ton corps pour y confondre le mien. Il n’y a que cela qui puisse me rassurer et, oserais-je en employant ce mot si vulgaire, me contenter. Pardonnes-moi si ce mot te choque et tu en as le droit....

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07 Mai Jeudi de l’Ascension

La marée était remontée jusqu’en haut et la recouvrait presque en entier. Autant que l’ombre du soir, les rochers alentours qui protégeaient la crique du large projetaient déjà leur ombre sur elle. Une douceur indicible avait gagné mon coeur tandis que je descendais les premiers lacets du chemin de ronde qui me ramenaient silencieusement vers l’une des plages si chères à mon enfance. Je n’allais pas jusqu’en bas. Je m’arrêtais à quelques mètres et m’appuyais contre une barrière de bois qui, probablement, servait autant à baliser le chemin qu’à retenir l’écoulement de la pente. Tout était là, les lieux étaient merveilleusement intacts....

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03 Mai Évidemment, elle est nue

Certes, l’image est un peu kitsche. Une scène de café parisien, on sent la brasserie des fins de XIXème. Un vieux est assis seul à sa table à siroter un verre qui a la couleur de l’absinthe. Plus loin, un serveur qui se rapprochait s’est figé dans l’autre salle à la vue de ce que je vois. La tête qui repose sur des coudes tout aussi fatigués, le vieux a délaissé la lecture des gazettes. Il y a encore sur la table une forme ovale que je ne comprends pas bien. Un chapeau, un berêt ou un panier abandonné, mais...

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02 Mai Lundi matin

Les bras baissés, je laisse venir à moi l’air du dehors et l’inspire à pleins poumons. Je le fais pénêtrer dans toutes les parties de mon corps. Je visualise son cheminement à l’intérieur de mes membres, de mes veines et de mes organes : Pas un qui n’est oublié, l’air se répand partout, rien ne lui résiste et chaque élément de mon corps a besoin de lui. Je visualise l’oxygène qui dilate et détend mon corps. Il apporte des particules de lumière qui fusionnent avec mes propres particules. Je visualise la transformation qui opère chaque jour, la métamorphose de tout mon...

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27 Avr La chaussette noire

Lorsqu’il s’assit sur son lit et qu’il ouvrit le tiroir de son placard, les genoux consciencieusement repliés pour permettre de tirer celui-ci jusqu’au bout, Antoine de la Chapelière eut un moment de stupeur. Le tiroir du haut, celui qui depuis toujours était consacré à son petit linge de corps, ce tiroir était presque vide. À côté d'une pile de mouchoirs en nylon blanc hérités de son père et dont il ne se servait jamais, la quantité d’ordinaire si dense de chaussettes ordonnées en rangs d'oignons semblait avoir déserté la surface pourtant rassurante du bois acajou et précieux de l’étagère. Un moment de distraction...

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