le Dieu Impatient

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« Écrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite parfois que la main lutte et renâcle, surmenée par le dieu impatient qui la guide… »
Colette, La Vagabonde

 

24 Avr Éveil

Cela fait quelques minutes que j’ai ouvert les yeux, mais je ne parviens pas facilement à atteindre l’éveil. Une partie de moi résiste encore, recherchant la douceur du sommeil, son repos sensuel et ses promesses de rêves qui s’y accomplissent toujours. C’est surtout l’intensité du dernier rêve qui me retient plus longtemps. La simplicité des émotions, la précision des images et des faits étaient plus grandes que beaucoup d’instants “réels”. Je croisais Papa dans le hall d'entrée de l'appartement. C’était le matin aussi, et il venait de se lever  à son tour, peut-être m'avait-il entendu marcher le long du couloir. Il se rapprocha de moi et...

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21 Avr Les portes du ciel

Les fins de journées sont si douces… La lumière qui danse, le soleil que les tapis gris et lourds d’hiver ne savent plus cacher longtemps… Tous les soirs qui commencent, c’est comme si des colonnes géantes s’écartaient sous la pression de la chaleur accumulée toute l’après-midi… Je ne sais pas si c’est pareil pour vous, moi j’ai toujours l’impression de voir s’ouvrir les portes du ciel. Je le vois venir à nous tandis que nous montons vers lui, au moment où des cohortes d’anges trompettent la fusion nocturne de la terre qui va bientôt coucher avec les étoiles tendres et...

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19 Avr Le coffret magique

C’est le trésor caché, celui qui m’offre toutes les richesses et qui donne vie à tous mes rêves. J’ai mis la moitié de ma vie à le découvrir, et il me reste la seconde moitié, en attendant la suite,  à l’exploiter et de faire de chaque instant un moment magnifique. Dès maintenant, tout de suite, au rythme du souffle qui remplit ma poitrine de milles particules de soleil et d’énergie, de sons et de vibrations qui inondent et irradient mon corps et mon coeur d’amour et d’éternité. C’est chaque seconde que je chéris comme le grain d’un chapelet béni. J’ai...

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18 Avr Souillure

Il m’a fallu du temps avant que le mot remonte, comme une nausée. Ces quelques jours où je ballotais au gré des heures, des nuits et des actions sans que rien ne s’oppose, ni l’énergie du printemps, ni la lumière des soirs d’avril. Aucune douceur qui ne surmonte la douleur que tu es venue de nouveau distiller dans mon coeur. Ce soir, j’ai enfin trouvé le moyen. Je m’en remets au miracle du verbe et de la parole. Puisque le mot est venu, la parole se dénoue. Je doute que tu me lireras, je sais que mon écriture est une des pommes...

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13 Avr Un songe

Je dois essayer de comprendre cette histoire… Je vois une vieille femme, enfermée dans une prison au barreaux épais, au fond d’une cave ou dans les sous-sols d’un chateau médiéval. Par instinct ou par intuition, j’ai compris qu’il n’y a qu’une seule manière de briser le sortilège qui délivrera la prisonnière, et qui la transformera en femme éternelle, unique et belle, celle qui doit devenir l’amour de ma vie. Comment ? En dévoilant le mystère qui m’oppresse encore. C’est à dire, ligne après ligne, en relevant l’un après l’autre les voiles qui obscurcissent ma mémoire et m’empêchent de voir clair. Car c’est à...

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01 Avr Avec les anges

Des images aériennes d’une netteté étonnante, un vol rapide et silencieux, qui fend le ciel bleu pur et les masses de nuages blancs et légers. Il découvre des monuments que l’on reconnaît vite – le Golden Gate Bridge, l’arche de Saint Louis, la skyline de Chicago – pour rebondir toujours plus loin. Enfin, Manhattan. L’image commence à ralentir au dessus des premières tours, bientôt l’Empire State Building à gauche, puis Rockefeller Center à droite. Nouveau plongeon dès les premières verdures de Central Park. Puis, elle descend de plus en plus lentement, et s’arrête en face d’une statue. Celle d’un ange...

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18 Mar Estime de soi

On me dit qu'il faut commencer par s'aimer soi-même, qu’il n’y a pas de vie ni d’amour possible sans s’être déjà accepté et aimé soi-même, ne serait-ce qu’un peu. C’est la condition sine qua non pour pouvoir aller vers les autres, dit-on toujours. Mais quel est celui que je dois aimer ? Que sais-je de lui dont le coeur bat dans ma poitrine ? Ses pensées courent sous mon front et ne cessent de s’échapper de ma boîte crânienne qui ne leur suffit pas. Ses désirs sont affamés d'autres chairs. Ils sont assoiffés d'autres eaux que celle de mon corps. Des eaux à engloutir...

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15 Mar J’entends des pas

Déjà, ce sont les miens qui résonnent sur le trottoir. Aujourd’hui, le son n’est pas le même. On dirait qu’il est moins dur et moins sec. Il est possible qu’une brise tiède soit venue balayer le sol avant ma venue, et qu’elle ait déposé des couches d’air douces et humides pour accueillir le poids de mon corps. Comme pour l’inviter à la danse, dynamique et légère, au lieu des marches lourdes et lentes de l’hiver. Les rayons du soleil ont balayé les froideurs et les ombres. Je sens que mon coeur s’est réveillé de sa torpeur, et qu’il se met à...

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06 Mar Survivant

Il s’en est fallu de peu. Déjà, quatre biches dont j’ai pu voir à temps le regard affolé dans les phares de ma voiture. Elles m’avaient prévenu. Puis les autres animaux sauvages. Eux aussi étaient au nombre de quatre. Alignés à la queue leu leu et déjà prêts à bondir dès l’interruption du flot des voitures qui me précédaient. Ils ont du croire comme moi à mon inexistance : ils n’ont plus hésité et se sont précipités tête baissée de l’autre côté de la chaussée. C’est le second que j’ai percuté. La pluie tombait drue, un instinct alien m’a poussé à ne pas...

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26 Fév Dans la forêt

J’ai dû faire une erreur… Et pourtant, j’aurais pu m’en rendre compte. Déjà, ce ciel si bas…  Il faisait encore jour, mais c’était une nuit sournoise qui se serait campée là, juste au dessus de nos têtes, pour nous assommer d’ennui. J’avançais à pas réguliers sur les allées du jardin. Le sol mouillé assourdissait le frottement de mes semelles au point que je n’avais même pas droit au craquement des milliers de grains de sable ou de gravier que j'écrasais le plus délicatement possible… Ce n’est qu’après deux ou trois cent mètres que je décelais l’étrangeté du moment. Je m’en souviens, les temps étaient agités....

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