le Dieu Impatient

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« Écrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite parfois que la main lutte et renâcle, surmenée par le dieu impatient qui la guide… »
Colette, La Vagabonde

 

12 Avr Célébration

Je connaissais mal son visage, je n’avais qu’une photo d’elle. Je ne connaissais même pas sa voix. Nous ne nous étions jamais rencontrés. Et maintenant, elle était assise en face de moi. Le miracle s’était produit, et je me disais que la vie vaut d’être vécue, si elle peut produire de tels miracles. Je voudrais passer sur les détails, sur le déroulement apparemment si banal du début de notre première rencontre, de tout ce qui se passait là, devant moi, en moi aussi. Je voudrais dire l’émotion qui me submergeait, les mille et unes impressions que me procuraient enfin son apparition...

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09 Avr Petite soeur

Tout à l’heure tu sais, je désespérais un peu. C’était la fin de l’après-midi. J’étais sorti pour honorer mes marches rituelles au Luxembourg. Ma journée s’achevait, piteuse et vide. Je n’étais rien, et tu n’étais pas là. Les trottoirs qui glissaient vers le jardin, la rue Vavin, la rue Bréa, ils grouillaient de vivants bruyants et joyeux. On aurait cru que la première chaleur de l’année avait provoqué une autre irruption. Celle de tous les passants qui surgissaient de l’ombre et de la fraîcheur d’immeubles encore pétrifiés par l’hiver. On aurait cru qu’ils se ruaient vers le soleil, dont les rayons tournoyaient comme...

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08 Avr Saignées

Je marchais. Un poids pesait sur ma poîtrine, tellement inhabituel que j'en fermais presque complètement les yeux. J’étais appelé, attiré par ce tumulte intérieur violent. Les rythmes puissants d'Archive qui tonnaient dans mes oreilles venaient se conjuguer en une vibration unique. (veins : http://www.deezer.com/album/92443) Ce n'est qu'un peu plus tard, un peu plus loin dans cette progression heurtée, que je l’ai vu. J’avais relevé la tête. Le ciel, d'un bleu intense strié de rubans écarlates et vivants. Telle une chaîr d’azur tendre et pure déchirée par des rivières de sang. Qui s'enfuyaient dans des veines célestes, comme des torrents pourpres qui s'évadaient à...

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07 Avr Éveil

Était-ce un réveil ordinaire ou, plutôt, un matin nouveau ? Elle qui connaissait la hâte et, aussi, les inquiétudes du quotidien. Celles qu’il fallait surmonter en chaque début de journée comme des montagnes toujours jeunes et insatiables, elles allaient bien revenir. Comme la veille. Comme chaque jour. Et pourtant… Comme un vent inconnu, une langueur étrange soufflait sur ses draps, elle remontait jusqu’au visage, embrassait ses joues, frôlait lentement ses lèvres. Elle caressait ses yeux entrouverts, balayait ses cheveux. Avant de redescendre dans les profondeurs de son lit et de parcourir son corps. Une puissante douceur qui frôlait sa gorge, qui appuyait une paume...

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06 Avr le sens de la vie

La capacité que nous avons à nous faire du mal les uns aux autres, à commencer par nos plus proches, elle me semble aussi infinie que celle de les aimer. Je crois même, en nos vies terrestres, qu’il est beaucoup plus facile de faire le mal que le bien. Que l’amour, nous pouvons à peine l’esquisser, le balbutier, et le recommencer sans cesse. Cela doit être ça, le sens de la vie : apprendre à aimer. Comme s’il fallait des années, des dizaines d’années pour apprendre. Combien de fois me suis-je trompé dans la vie ? Surtout, combien de fois m’en suis-je...

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04 Avr colère des dieux

Pardonnez-moi, on ne peut pas être classe tout le temps. Pas quand on subit ce que je subis. Quand je vois ce ciel plombé, qui nous déverse des vents trop froids et des pluies qui tombent tout le temps et vous transpercent de partout. C’est à demander si les dieux en colère ne nous pissent pas dessus avec un plaisir vengeur. D’ailleurs, la couleur très sombre des nuages les plus insistants me fait me demander s’ils ne seraient pas en train de nous concocter une défécation divine. Moi, des dieux comme ça, je les trouve petits. Je dois être attiré...

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04 Avr J’ai rêvé de vous

J’ai rêvé de vous. Nous sortions d’une conférence ou d’une rencontre professionnelle je crois. Nos pas crissaient sur le gravier, en même temps que ceux d’une vingtaine de personnes qui sortaient comme nous au dehors. Il n’y avait pas un mot, pas un bruit, que le frottement lourd des pierres qui montait métalliquement vers les nuages gris et blancs qui cachaient le ciel. J’étais un peu derrière vous, marquant ainsi le respect que vous m’avez toujours inspiré, et la distance que vous semblez souvent souhaiter. Je vis alors votre mince silhouette se courber. Votre marche se ralentit au point de s’immobiliser....

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03 Avr une photo

Caressant l’écran je tente de mieux la voir, du bout de mes doigts qui s’écartent ou se rejoignent. J’élargis la photo, et le ruban de mer qui est juste derrière elle se rapproche, puis s’éloigne. J’essaie de percer un mystère, celui d’une beauté certaine mais que je devine plus que je ne la vois. Celui d’une femme avec qui j’échange depuis quelques jours sans jamais l’avoir rencontrée. Elle, elle apparaît puis disparait sans cesse. Elle répond à mes mails quand elle veut. Elle me pose parfois des questions, répond à peine aux miennes, mais elle y répond quand-même. Je ne sais...

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03 Avr Passion

La nuit est passée, la nuit la plus longue, où il a pris avec lui toute la souffrance du monde, qu’il va emporter jusqu'en sa mort. Au petit matin, Jésus a été emprisonné. Il va être condamné, supplicié. il va bientôt mourir en croix. Les écritures nous disent qu’il va poser un pied en enfer, après sa mort, avant de ressusciter. Cette Passion du Christ est le plus grand mystère, le plus profond que je connaisse. Je ne sais si le Christ est vraiment celui que nous dit la religion qui porte son nom. Mais ce temps qui marque la fin de sa vie...

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01 Avr Son visage est immobile

Son visage est immobile, ses yeux fixent quelque chose dans les hauteurs que je ne vois pas. De beaux yeux sombres et lumineux à la fois, qui rencontrent le ciel. Sa bouche est entrouverte, j’ai l’impression que c’est toute sa beauté qui s’envole vers une autre réalité que je ne connais pas, exhalée entre ses lèvres veloutées qu’elle a légèrement desserrées. Ses épaules et sa poitrine sont nues. Le reste de son corps est enrobé dans un flou mystérieux, à moins qu’il ne soit élevé dans cette vapeur spirituelle qui monte vers l'azur, comme la brume que le soleil aspire, après la pluie....

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