Dans la forêt

26 Fév Dans la forêt

J’ai dû faire une erreur…

Et pourtant, j’aurais pu m’en rendre compte.

Déjà, ce ciel si bas…  Il faisait encore jour, mais c’était une nuit sournoise qui se serait campée là, juste au dessus de nos têtes, pour nous assommer d’ennui.

J’avançais à pas réguliers sur les allées du jardin. Le sol mouillé assourdissait le frottement de mes semelles au point que je n’avais même pas droit au craquement des milliers de grains de sable ou de gravier que j’écrasais le plus délicatement possible…

Ce n’est qu’après deux ou trois cent mètres que je décelais l’étrangeté du moment.

Je m’en souviens, les temps étaient agités. Une vague d’attentat avait fait trembler la ville pendant toute la semaine. L’inquiétude rêgnait, il y avait dans l’air comme le signe d’une chute, d’une dégringolade, d’une réalité qui s’écroulait pour ne laisser place qu’aux ombres et à la peur.

Pas un bruit, pas une silhouette, pas un marcheur. Personne.

J’étais complètement seul.

Il n’était pas si tard. D’ordinaire, les promeneurs, les bébés en poussette, les couples ou les solitaires ne manquent pas…

Était-ce le mystère qui m’étreignait déjà ? Mon pas ralentissait et je sentais que mes jambes s’alourdissaient et peinaient de plus en plus à avancer. Quelques mètres encore, et je dû m’arrêter. Je profitais d’un banc abandonné, au bord d’une pelouse immense dont les limites disparaissaient entre la brume et les buissons que je distinguais à peine, au loin vaporeux.

Je m’asseyais et regardais autour de moi. Même mon souffle s’enfuyait en silence, il formait des petits ballons blanc qui s’évanouissaient dans l’air froid. Le ciel était vide, pas un oiseau ne rayait l’espace.

Je sentis que mes pieds creusaient le sol au dessous de moi : il avait beaucoup plut les jours précédents, et la douceur de l’hiver avait rendu la terre si molle que je pouvais y enfoncer facilement la pointe de mes chaussures. Déjà, des petites mares se formaient autour de chacune, mais rien ne se reflêtait dans l’eau troublée.

Je voulut me relever et reprendre ma marche. Je réussit à grand peine à me relever et faire quelques mètres. Mon corps ne me répondait presque plus. Mes cuisses devenaient aussi dures que des pierres, et mes pieds s’enfonçaient encore plus profondément dans le sol.

Était-ce l’engourdissement de cet après-midi ? Je m’étonnais à peine de sentir maintenant le contact d’une vague de doigts qui déferlaient sur mon corps et qui n’étaient pas les miens.

C’étaient les racines d’un arbre qui grimpaient sur moi.

Elles s’enroulèrent autour de mes jambes. Il ne fallut que quelques secondes, ne n’eut même pas le temps de reprendre mon souffle que j’étais définitivement immobilisé. Maintenant, tout mon corps était gagné par cet appel venu de la terre. Une écorce brune me recouvrit entièrement. Je me transformais en arbre. Mes deux bras levés vers le ciel comme seules branches.

Pourtant, plus rien n’échappait à mon attention ni à mon regard. C’est à ce moment que je vis que je n’étais pas seul : tout autour de moi, comme s’ils s’étaient rapprochés en silence, d’autres arbres de toutes les formes étaient plantés autour de moi.

(à suivre…, c’est un conte… )

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