Survivant

06 Mar Survivant

Il s’en est fallu de peu.

Déjà, quatre biches dont j’ai pu voir à temps le regard affolé dans les phares de ma voiture. Elles m’avaient prévenu.

Puis les autres animaux sauvages. Eux aussi étaient au nombre de quatre. Alignés à la queue leu leu et déjà prêts à bondir dès l’interruption du flot des voitures qui me précédaient. Ils ont du croire comme moi à mon inexistance : ils n’ont plus hésité et se sont précipités tête baissée de l’autre côté de la chaussée.

C’est le second que j’ai percuté. La pluie tombait drue, un instinct alien m’a poussé à ne pas réagir. Surtout ne pas freiner. J’ai à peine tourné le volant sur ma gauche pour essayer de l’éviter, mais pas plus.

Un choc sec et dur. J’ai continué, je ne me suis jamais arrêté. Pour le pauvre vivant, c’était trop tard et je suis fier que mes premières pensées, dès celles-ci revenues après l’effroi, aient été pour lui. N’avait-il pas eu moins de chance que moi, puisque je continuais ma route ?

Petit à petit, j’ai commencé à prendre conscience de ma bonne fortune. La voiture semblait n’avoir rien subi de la collision qui avait pourtant réveillé mon noble passager. Ce n’est qu’à l’arrivée à Nérac, deux heures plus tard, que nous fîmes le constat de la violence de l’impact, avec la disparition de la calendre et du phare côté conducteur.

Petit frère animal, je m’en veux un peu. Je pense à toi, raidi sur le côté d’une route froide et trempée. Je voulus d’abord nier l’accident, la voiture pouvait visiblement rouler normalement, en fuyant vite les lieux. Puis, j’avais tenté un regard dans mon rétroviseur, mais la route derrière moi avait disparu dans le s d’un virage.

S comme sanglier.

Je pense au désarroi des tiens, surtout ceux, plus petits, qui attendaient derrière toi pour traverser la route à leur tour.

S comme signe. Je te remercie pour le message que me dit ton sacrifice. Oui, la vie est merveilleuse et je n’en profite pas assez. Jamais assez.

S comme survivant : oui, c’est vraiment fini. Je vais cesser de planer au-dessus ma vie comme un rapace qui guette le moment. Je m’y mets enfin, je fonds sur ma vie et je vais m’y mettre à fonds.

Vivant !

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