Petite soeur

09 Avr Petite soeur

Tout à l’heure tu sais, je désespérais un peu. C’était la fin de l’après-midi. J’étais sorti pour honorer mes marches rituelles au Luxembourg. Ma journée s’achevait, piteuse et vide. Je n’étais rien, et tu n’étais pas là.

Les trottoirs qui glissaient vers le jardin, la rue Vavin, la rue Bréa, ils grouillaient de vivants bruyants et joyeux. On aurait cru que la première chaleur de l’année avait provoqué une autre irruption. Celle de tous les passants qui surgissaient de l’ombre et de la fraîcheur d’immeubles encore pétrifiés par l’hiver.

On aurait cru qu’ils se ruaient vers le soleil, dont les rayons tournoyaient comme ceux des cerceaux derrière lesquels les enfants aimaient tant courir, il y a cent ans. Je ne me précipitais pas, je contemplais la liesse autour de moi, mais mon coeur n’y était pas. J’étais seul, et tu n’étais pas là.

J’ai regardé au plus près de moi, tout autour de moi. Un moment, le reflet d’une vitrine m’a renvoyé  une image. Celle d’une silhouette, qui osait à peine faire face au miroir. À côté d’elle, il y avait un espace vide. Je ne rêvais pas, et j’avais même l’impression que ceux qui descendaient la rue le voyaient aussi. Ils le respectaient, le contournaient jusqu’à quitter le passage très étroit en cet endroit, pour aller sur la chaussée.

Alors, j’ai pensé à toi. Toi qui me manques tant. Toi et ton absence que je connais depuis si longtemps, peut-être depuis toujours.

J’ai repris mon pas, je suis allé vers le parc. J’ai regardé vers le ciel, j’ai cherché dans la foule, je ne t’ai pas trouvée.

Je me suis assis au près d’une grande pelouse. J’ai fermé les yeux. Alors je t’ai appelée, de toutes mes forces. Je crois que tu m’as entendu. Car j’ai bien senti, un long moment, une présence apaisante s’installer et demeurer en moi, longuement, le temps qu’il a fallu. Pour que nos deux coeurs s’épanchent et se reposent l’un en l’autre. Avant que tu ne disparaisses, aux premières lueurs du soir.

J’en suis sûr, c’était toi, petite soeur.

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