Les fous

06 Mar Les fous

Avec eux, on y arrivait jamais… Comment te dire ? Ils n’y comprenaient rien, nous non plus. Une fatalité… On avait beau s’y préparer, ça ne marchait jamais. À chaque fois, c’était pareil. Une impression très étrange. Comme si on devait se diminuer, respirer l’air moins fort, moins profondément. On rentrait dans le bizarre. Il fallait écouter et subir leurs petites folies qui s’efforçaient tant à sembler ordinaires. Comme toi, comme moi.

N’empêche… Déjà, il n’y en avait pas un pour te regarder en face. Elle, c’était comme si elle voyait mon ombre ou mon ange, juste derrière moi, au dessus de mon épaule. J’avais beau me tordre le cou, ses yeux grimpaient encore plus haut. Mais ce n’était rien à côté des autres. L’une d’entre eux, c’était carrèment le plafond, avec un débit de phrases complètement saccadé, et des propos absurdes qu’il fallait écouter religieusement et approuver silencieusement. Et l’autre, toujours en bout de table et du reste. Il appuyait à mort sur la fin de chaque mot, pour se rassurer sans doute de l’avoir dit. Il répétait tout ce qu’il disait, donc tu y avais droit deux fois. Il te parlait d’histoire. Celle de Charles de Gaulle, du Moyen-Âge, celle de Toto qu’il n’arrivait jamais à finir à force de s’étouffer dans ses rires.

Nous on assistait à ça. Dépassés par les évènements… Ce n’était pas faute de s’être préparés à l’avance. Toi tu diras ça, toi tu répondras ça… Cela ne servait jamais à rien. Dès qu’on arrivait chez eux, ou eux chez nous, on était tout de suite emportés, on perdait le contrôle, on devenait spectateurs…

Je me pinçais, tout en sourires, en silences et souffles profonds, pour ne pas éclater. Et je mettais ensuite des heures pour revenir au réel, pour me rassurer un peu que j’étais juste un peu moins fou. Eux, les miens, mes proches, si proches…

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