Le ballon et le petit cousin

23 Mai Le ballon et le petit cousin

Le petit bonhomme a tendu ses mains dans le vide, désespérément dans le vide qui ne cesse de s’agrandir. Il a beau lever ses bras vers le ciel, le supplier de revenir en lui rappelant qu’il lui appartient aux cris de « mon ballon… mon ballon… » poignants, celui-ci s’est envolé… À tout jamais.

C’est l’image la plus ancienne que j’ai de mon petit cousin, presque mon petit frère d’enfance. Devenu grand depuis. Par la taille déjà, puisqu’il m’a dépassé lorsque j’avais quatorze ou quinze ans. Par ses mille talents aussi.

Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer. Les sursauts du ballon, en haut dans les airs, je leur trouvais quelque chose de joli et de poétique. Bientôt, il fut tellement loin dans le ciel qu’il en disparût, à moins qu’il n’ait explosé dans l’éther, sans bruit.

Ce n’était pas la première fois que l’invasion de la horde des cousins avait semé le désordre dans la vie bien organisée de J-Y. J’entends encore le fracas de vitres qui cassent sous le poids d’un autre ballon, c’est vrai que mon tir était beau, mais ma honte encore plus belle. C’était dans leur maison au bord de la mer, dont ses parents venaient à peine de fermer les portes avant que nous partions : Résignés qu’un tel mauvais exemple se manifeste une fois de plus, ils n’avaient même rien dit.

Sa chambre était toujours impeccable, ses livres au garde-à-vous sur les étagères au dessus d’un lit au carré. Le parquet miroitait de propreté, sur lequel flotta pendant les années d’adolescence un pouf marron où il faisait si bon s’affaler : Il acceptait toutes nos formes et tous nos mouvements, même les sauts les plus fous, au risque d’exploser lui encore, et de provoquer un raz de marée en bulles de polystyrène…

Sur le moment, fallait-il rire ou pleurer ? On est cruel à cet âge, et la peine du petit bonhomme avait quelque chose de comique. Alors, je faisais un peu les deux en même temps, mais le ballon s’était quand-même libéré et c’était beau et déchirant à la fois.

La vie a continué quand-même, il le fallait bien. Nos chemins se sont éloignés, encore plus que le parcours du petit ballon qui n’avait pas dû aller si loin que ça. Aujourd’hui, il y a bien un océan entre nous, et ce n’est ni la première ni la dernière fois sans doute. Mais je voudrais qu’il sache que je regrette un peu, sincèrement. Il aurait pu le serrer un peu plus longtemps dans ses bras, son ballon dont les joues rebondies lui auraient apporté de la bonne tendresse. Je sais qu’il n’en manque pas là où il est, mais on en a jamais assez, de la douceur. Alors, le temps d’un éclair, qu’il ferme les yeux et qu’il le revoit, son ballon. Comme s’il était revenu de nos temps anciens, avec tous les charmes de l’enfance. Et qu’il la sente, ma douceur fraternelle.

 

 

 

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