Eva

15 Juin Eva

Vous rendez-vous compte ? Je ne me souviens pas du prénom de la première femme avec qui j’ai fait l’amour ! Elle était du genre nordique, Cristina ou Maria ou Eva. Je ne sais plus très bien, mais je crois bien qu’elle s’appelait Eva. Ce dont je me souviens très bien en revanche, c’est de son corps. Des seins flamboyants pleins comme des outres de miel, des cheveux blonds ondulés qui lui arrivaient à la taille, une bouche généreuse qui embrassait bien et mordait encore mieux, le déhanchement d’une déesse, la placidité et la furie en même temps…

Depuis, j’ai fait des recherches sur internet pour la retrouver… Rien. Il est vrai qu’il y a des millions de suédoises qui s’appellent Eva…

Le plus drôle, c’est qu’elle est la seule blonde que j’ai jamais aimée… Enfin, si on peut appeler ça de l’amour, car je crois qu’elle en était aussi incapable que moi. Nous étions beaucoup trop jeunes bien-sûr.

Je me souviens… ça avait commencé par des oeillades délicieuses et troublantes, les caresses de nos pieds nus sous la table pendant les repas, sans que personne d’autre ne s’en rende compte. C’était délicieux, mais il avait fallu attendre la terrasse du café de Flore pour aller plus avant. C’était un soir d’été, forcément, et des baisers mouillés à n’en plus finir. Nous étions partis plus loin, le long de la Seine, pour une étreinte émouvante sur le pont du Carrousel, et nous avions achevé la nuit sans dormir avant le petit matin. La vie aurait dû se figer ce matin là, rien ne vaut l’intensité des débuts.

Est-ce l’effet de ma solitude ? L’absence des femmes dans ma vie m’obsède. C’est au point que je guette toute forme de féminité dans la rue, au cours de mes longues marches solitaires… Pardonnez-moi d’avance, Sylphides délicates, si mes regards trop appuyés vous ont inquiété, car je crois que j’en ai eu plus d’un en vos directions, aujourd’hui encore… Il suffit que l’une d’entre vous passe au coin de la rue, les cheveux tirés en arrière ou bouclant votre visage, ou la silhouette se profilant dans l’espace. Un quart de seconde me suffit pour capter votre présence. Quelque chose change, l’air que je respire, les sons que j’entends, le sol qui s’approfondit sous mes pas… c’est toute la Création qui vibre et qui prend du sens autour de moi.

Vous, les goguenards de l’ordre et de la morale, les champions du self-contrôle, je vous préviens. Vous feriez mieux de ne pas aller plus loin et de laisser tranquilles ces lignes noires qui se dandinent insolemment sous vos chastes yeux…

Les personnages qui vont défiler devant vous, je parle aux lecteurs qui n’ont pas tenu compte de mon avertissement et qui continuent donc de me lire, ces personnages n’ont rien à voir avec vous. Ni avec personne que vous connaissez. Je préfère rassurer tout le monde tout de suite. Enfin… il doit bien y avoir quelques monstres à l’état pur, extraits du coeur de la terre ou des plus effrayant récits de serial killers dont je raffole. Mais ceux-là, on n’en connait pas, on se chatouille, on rit en silence et on se racle la gorge.

Moi, j’en connais.

Quel est ce don de la nature que j’ai reçu en naissant ? Je l’ignore et je ne remercie pas ma mère tous les jours. Mais voilà: je suis obsédé par les beautés et par les laideurs du monde.

Dans l’ordre d’apparition, il y aura moi. Charité bien ordonnée commence par soi-même.

à suivre…

Paris

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