Assis à côté de toi

19 Nov Assis à côté de toi

J’étais assis à côté de toi. Tu étais si jeune, c’est sans doute pour cela que je te tutoie. C’était à la conférence, l’autre jour. Toi que j’aurai aimé séduire… Et pour qui le courage m’a manqué. Certes, ce n’est pas qu’une question de courage. Il faudrait être un peu plus sûr de soi que je ne le suis, tu sais. Mais le sais-tu vraiment ?

Que savez-vous de nous, jolies sylphides ? En réalité, je crois que vous en savez aussi peu que nous n’en savons, à notre tour, à votre sujet. Quelle étrangeté… Les animaux s’aiment à leur manière, j’en suis persuadé : ils savent se reconnaître et “sentir” tout de l’autre grâce à leur perception intuitive formidable : ils n’ont pas encore perdu le contact avec la nature, pas autant que nous, à l’exception de ces otaries paumées qu’on nous montre depuis deux jours sur le web, et qui veulent forniquer avec des manchots vraiment bien dépourvus…

Et j’étais assis à côté de toi. Je profitais de petits riens, des jeux de lumières dans cette salle de musée, du mouvement d’un voisin, d’un mot dit plus haut que les autres par l’un des conférenciers plantés au fond de la salle. J’en profitais pour te regarder, jeter un coup d’oeil aussi furtif que désespéré, car je sentais déjà que je ne pourrais rien posséder de plus. Et pourtant, tu me répondais souvent, nous échangions des coins de sourire, des éclats de nos yeux.

Tu es jolie…

Tu es jolie, écrivais-je alors dans mon iPhone. J’ai retrouvé ces notes cet après-midi.

Et j’avais ajouté : “Le seras-tu dans vingt, dans trente ans ?”

Pourquoi cette question, ce doute ? Oui, je pense que tu le seras encore, le charme que j’ai reçu de toi n’était pas de ceux qui s’évanouissent.

En attendant…

En attendant, le temps qui fuit m’obsède.

En attendant, je marchais dans la rue tout à l’heure. Tu sais, ma jolie blonde de Varsovie de samedi dernier, ces rues d’hiver que je n’aime pas. Les rues d’une ville peuvent être aussi belles que celles de Paris, elles restent en hiver.

Tout est attente. Ces paysages d’hiver, cette nuit qui frise les toits des immeubles, ces vapeurs qui montent des trottoirs pour remplacer la chaleur partie. Ces lumières citadines qui cherchent à remplacer le printemps, l’été, toutes les beautés. Tout est attente.

Je voudrais bien attendre encore une fois, une dernière fois, sans vieillir cette fois. Je t’attends.

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