L’enfant intérieur

11 Oct L’enfant intérieur

Cela fait quelques jours que ce que je vais écrire ici s’éveille lentement en moi. Vers la fin de la semaine, c’est comme si j’entendais un appel intérieur. Alors que les heures s’écoulaient, il était de plus en plus fort. Ce qui était étonnant, c’est qu’il était accompagné du désir de ne plus écouter mes pensées et mes émotions. Effectivement et presque malgré moi, peu à peu, un silence presque étrange est venu planter sa tente en moi.

C’était jusqu’aujourd’hui.

Au cours de ma première marche du jour, j’ai senti soudainement que les sons et les bruits du monde s’éteignaient lentement. Les chants des oiseaux, engourdis peut-être par la fraîcheur du matin, ne me parvenaient plus. Les feuillages ne frémissaient pas à un vent qui ne soufflait pas. Le ciel, caché par d’épais nuages, était absent. En contrebas, j’observais l’étendue lisse et grise de la mer qu’aucun mouvement ne dessinait. D’un pas muet, j’avançais sur le sentier, étonné de n’entendre plus que les vagues de respiration qui soulevaient mes poumons.

C’est à ce moment que j’ai compris qu’une histoire allait jaillir en moi. C’est alors que j’ai décidé, là aussi, de hâter mes pas pour revenir chez moi et commencer à écrire. Je n’avais pas compris, ces derniers jours, que ce silence triste qui régnait en moi préparait un vide nécessaire. Celui qui me permet, à l’instant, d’entendre ce que je ne comprends pas encore. Je vais donc continuer cette histoire, toujours sans savoir où elle va me mener.

C’est la voix d’un enfant que j’entends.

À l’intérieur de moi, portée par le souffle qui circule dans tout mon corps et qui a su la cueillir au plus profond, elle me parvient comme un murmure que, pour le moment, je ne comprends pas. En même temps, une lumière s’empare de cette parole. Elle est pailletée de petits cristaux qui, portés par l’onde lumineuse composée de clartés et d’ombres, forment une image.

Je vois cet enfant.

Il est recroquevillé sur lui-même. Assis sur le sol, ses mains nouées derrière les genoux serrent ses jambes contre sa poitrine. Sa tête est penchée sur le côté. Il tourne son visage en regardant vers le haut. Jusqu’à ce que nos regards finissent par se croiser. Dans ses grands yeux ouverts, je lis la peur et l’attente. Sa bouche est ouverte, je crois qu’il m’appelle.

Sa parole est sans mots. Pourtant, je commence à ressentir l’émotion de cet enfant. Elle me dit de continuer de rechercher le silence en moi et hors de moi. De ne plus aller qu’à l’intérieur, tant que je n’aurai pas fini cette histoire.

À la rencontre avec lui.

Alors je vais continuer d’écrire. Je croyais que mes désirs et mes attentes étaient tournés vers les autres. Et là, c’est cet enfant qui me fait comprendre qu’il n’y a pas à chercher ailleurs qu’en moi-même. Je croyais mon enfance heureuse et rayonnante. Et là, c’est cet enfant solitaire qui me révèle qu’il y avait aussi de la tristesse et des peurs, ce que je savais bien. Ce que j’ignorais, c’est que cet enfant existe encore.

De mon enfance, j’ai gardé l’immense trésor des merveilles, des rêves et de tous les désirs. J’ai longtemps cru que c’était grâce à lui que je pourrais dérouler des richesses d’écriture. De ce songe aujourd’hui et de la révélation d’un enfant que j’ai oublié, je crois enfin comprendre le pourquoi, à ce jour, de trop rares textes écrits, et pas toujours aboutis.

Si je publie aujourd’hui ce texte sur mon blog, c’est surtout pour lui donner une existence qui résistera peut-être mieux à mon envie de l’effacer, ou à mon manque de courage de le continuer. Je me demande comment cet enfant saura m’inspirer et m’apporter les élans et les ferveurs de l’écriture. Je croyais que c’était la tâche des muses. C’est peut-être d’abord celle de tout l’enfant en moi, avec ses lumières et ses ombres.

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