07 Juin Les cinq vols du papillon
Au bout d’une journée lancinante, que j’avais volontairement et consciemment affirmée comme devant être l’illustration de ma foi en mes rêves et mes désirs. Il y a, je le sais, de la naïveté dans de telles déclarations. Un parti pris du bien, et une tendance trop forte à vouloir prendre mes désirs pour des réalités.
Je vis en ce moment sous la tension particulière que je m’applique au quotidien, celle enfin d’accomplir mes rêves et mes désirs les plus forts. Ils sont deux, et chacun et fortement lié à l’autre. C’est peut-être parce que les temps que je vis en ce moment le permettent, parce que je me sens moins engagé dans les enjeux et les défis temporels…
Il y a quelques jours, j’esquissais un autre texte, plus tourmenté celui-là. Son titre et les premières lignes disaient tout : Ciels et Enfers.
Parce que je sais que je suis partagé et double. Je sens profondément que ma vie ne fonctionne pas complètement. La moitié qui vit pourrait me combler pleinement. Ça n’est pas le cas. Cela le sera, me dis-je tous les jours, quand mes rêves et mes désirs auront été rencontrés.
Lorsque je sens qu’ils s’éloignent, quand j’avais parfois l’impression, ces derniers jours, qu’ils étaient à ma portée, je désespère un peu. Le ciel se ferme, l’enfer s’ouvre.
Voilà les dispositions qui ont engourdi mon cœur pendant toute cette journée, qui ressemblait d’ailleurs à celle d’hier. Lorsque je suis sorti promener mon chien tout à l’heure, j’ai levé la tête vers le ciel. Ses nuages bas, qui l’enveloppaient tout entier, se traînaient mollement dans un début de soirée frais et lourd à la fois. Mais il était quand-même au-dessus de ma tête.
Une question est venue alors en moi. Pourquoi ne pas pratiquer les conseils que je consignais quelques heures plus tôt ? Pourquoi ne pas écouter et observer tout ce qui se passe autour de moi ?
Presque au même moment, j’ai remarqué un joli papillon posé sur le sol, à un ou deux mètres devant moi. J’ai eu le temps d’admirer la beauté et l’harmonie de ses ailes couleur de terre et tachetées de points bleus. Je me suis dit alors que s’il fallait trouver la réponse à l’existence du divin, la réflexion parfaite de l’une sur l’autre apporterait la plus belle réponse.
Le papillon s’était à peine envolé qu’un autre, à la robe plus foncée, qui tirait sur le violet ou le marron, a dansé autour de moi. J’ai compris que j’avais interrompu une scène d’amour. Celui-là s’est élevé dans le ciel, il a disparu derrière le buisson que je venais de dépasser.
J’ai repris ma marche. Quelques mètres plus loin, le premier papillon était à nouveau posé sur le sol, juste devant moi. Il déployait grand ses ailes, j’ai pensé que c’était pour que je le remarque. Et puis, il s’est envolé à nouveau.
Quand cette situation s’est reproduite une nouvelle fois, je n’ai pu m’empêcher de penser que j’obtenais peut-être la réponse à la question que je venais de poser au ciel.
Le papillon a encore ouvert ses voiles, et il est reparti voguer dans l’air.
Quand la scène s’est répétée une quatrième, puis une cinquième fois, dans l’espace réduit d’une quinzaine de mètres et de quelques dizaines de secondes seulement, je n’avais plus de doutes.
Je suis revenu chez moi, le cœur battant. Et même si une part de mon mental, toujours irréductible, voudrait pousser la moquerie de ma crédulité à de telles sornettes, une autre s’accroche à ce petit cadeau du ciel.
C’est pourquoi j’ai voulu écrire ce texte. Pour ne pas oublier les cinq vols du papillon.
Il ne pouvait y avoir de message plus clair : celui de continuer d’avancer, et de m’obstiner à garder la foi dans mes désirs et mes rêves.
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