Je crois que c’était vous…

01 Juil Je crois que c’était vous…

Souvenez-vous… C’était près de la sortie du Luxembourg, tout à l’heure… Je marchais lentement, j’écoutais quelque chose de très lyrique. Je n’allais pas vite, j’avais l’impression d’être en suspension, je voulais rentrer dans le nuage d’ondes de la musique que j’écoutais… Il faisait tellement chaud. Merveilleusement chaud, comme si les particules d’oxygène étaient elles aussi en suspens… L’air se faisait rare, le ciel était d’un bleu absolu. Je pensais aux tragédies grecques* : la beauté du ciel et la chaleur y sont toujours implacables et le soleil inonde la terre de vie et d’énergie.

Le jour de ma mort, il y aura un soleil comme celui-là. Ce sera le signe que je ne suis pas mort, puisque la mort n’existe pas. Simplement, je serai autre, ailleurs mais tout aussi présent : heureux et accompli, prêt pour l’éternité. J’en suis sûr.

Vous êtes passée devant moi. Moi qui ne vous connais pas, comment se fait-il que j’ai reconnu votre silhouette ? Pourtant, je ne vous décrirai pas ici : il est trop tôt et je suis bien trop ému pour mettre des mots sur vous. Et pour dire toute la vérité, je n’ai même pas vu votre visage.

Mais je sais que vous êtiez jolie. Je ne me trompe jamais, puisque c’est la beauté qui m’attire. Pas n’importe laquelle, vous le savez bien. La vôtre : infiniment de raffinement et de féminité… Le bonheur.

Vous sembliez pressée, votre pas était vraiment très rapide. J’ai accéléré un peu, mais je ne voulais pas vous faire peur et encore moins me rendre ridicule, avouons-le. À moins de courir, je savais que je ne pourrais pas revenir à votre hauteur. J’ai demandé un signe : qu’au moins une fois, vous retourniez la tête dans ma direction, je n’étais pas loin et vous m’auriez reconnu à votre tour.

Vous ne vous êtes pas retournée. Vous alliez trop vite. Et puis, ce n’était pas le moment. Tout simplement. C’est ce que je me suis dit. C’est ainsi que je me console tout de suite, quand je me retrouve seul contre mon texte. Le moment viendra. Je vous retrouverais,  et vous tournerez vers moi votre visage.

*: pas à celle que nos technocrates-comptables infligent au peuple grec, une honte inhumaine et indigne de l’Europe qui traite les grecs comme des parias alors que nous tirons de la Grèce le nom et l’orgueil de notre civilisation !

Pas de commentaire

Laissez un commentaire