le Dieu Impatient

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« Écrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite parfois que la main lutte et renâcle, surmenée par le dieu impatient qui la guide… »
Colette, La Vagabonde

 

15 Mai le Dieu impatient

“Où es-tu ?”, demande t’il sans cesse. Avant même que je le cherche, il m’appelle et il m’attend. Quelle surprise ! Je ne me savais pas autant aimé. Je pensais aux conquêtes, aux réussites, aux accomplissements. Et voici que Lui m’attendait au creux de ma faiblesse, des mes peurs et de mes échecs. Lorsque je chutai, Il était déjà à me soutenir et m’embrasser. Il ne m’avait jamais quitté. Il m’inonde de sa présence et de son amour qui remplissent les vides que j’avais cru devoir creuser. Moi qui m’échappais du réel, qui croyait que dissoudre mon altérité me permettrait de participer...

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13 Mai Visage d’ange

Je regarde ton visage depuis des heures. Je viens de le découvrir, enfoui sous des tonnes de souvenirs, d’années et d’oubli. La photo en témoigne, jaunie et floue. Marque d’un temps que je ne comprends pas et que je n’ai pas vu passer. Je te le promets. Car tu es toujours dans mon coeur, mon ange, mon enfant. L’éclat de ton regard m’illumine, le coin de ton grand sourire me réchauffe. Ton rayonnement me rassure. Il est toujours le même, intact, conforme à celui que j’ai gardé au fond de mon coeur malgré les plis des années. Rien ne peut...

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12 Mai Suis-je déjà mort ?

C’est vrai… Je n’entends plus rien autour de moi, depuis très longtemps en fait, mais je ne m’en étais pas rendu compte plus tôt. Que des bruits, le glissement des voitures sur l’asphalte, les alertes d’ambulances pressées, les cris de silhouettes indistinctes et lointaines. Parfois, des bourrasques et des tempêtes qui criblent le sol des pluies violentes du ciel noir. Plus rien d’humain, en fait. Parfois des frottements dans l’air, comme celui d’oiseaux qui s’éloignent. Nos corps qui se frôlent comme des ombres ou des fantômes, tant j’ai l’impression souvent qu’ils passent au travers sans aucune sensation, aucun contact, rien. J’ai fini...

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11 Mai Les cavaliers

Ils sont subitement apparus sur la crête. J’ai cru un instant que j’étais au Rivage des Syrtes ou, c’est pareil, au Désert des Tartares. Je les guettais, du haut de ma tour fragile. Depuis des jours et des jours, je montais dès l’aube au sommet de l’édifice branlant que je m’étais construit en avancée de la maison. Je ne voulais pas être comme la taupe de Kafka. Je ne voulais pas être surpris, je me devais être présent. Cela ressemblait à la fierté de celui qui veut mourir debout. C’était comme dans un film : L’horizon s’était chargé de les accueillir. En...

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03 Mai Une jeune femme très sage

Les pincements de ses lèvres ponctuent toutes ses phrases, c’est un vrai rituel. Ce ne sont plus des dialogues. J’ai plutôt une autre sensation. Celle d’être renvoyé un siècle en arrière, du temps de ma petite enfance et des petites classes. Les maîtresses nous parlaient doctement et sagement, leur voix claire et leur ton haut emplissaient l’air qu’aucune contestation ne pouvait polluer de nos bruits ou de nos cris. Nous étions encore trop jeunes et sans conscience précise des enjeux qui commençaient à se tramer devant nous, de l’autre côté de la classe, contre le tableau noir où s’adossaient nos...

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21 Avr Cavernances

N’allez, ne vas pas chercher plus loin. Vous, toi , je ne sais plus très bien à qui je parle. Aux grains de sables probablement, aux rayures que l’air glisse entre les roches, au désert… à personne. Peu importe. Au creux, en face de l’éclat d’une lumière, j’y suis comme nous y serons tous, un jour ou l’autre. Alors, je veux bien oublier, provisoirement, ce nous si nécessaire et cette communauté si recherchée et qui me semble, un temps, si illusoire. Au fond du trou, un mur de pierre froide luisante d’ennui et de ternes reliefs… Face contre face : mon profil,...

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19 Avr Cracovie en avril

C’était à Cracovie, au printemps 1990. J'avais rencontré à Paris une jeune polonaise avec qui j'étais allé visiter quelques mois plus tard sa ville natale. La première soirée que j’ai passé là-bas restera à jamais gravée dans ma mémoire. A peine arrivé là-bas, Marzena m'avait emmené à une soirée organisée par un de ses amis dans l'hôtel particulier détenu par sa famille avant-guerre et qu'il venait juste de récupérer. Le communisme était tout juste tombé. C'était l'époque des toutes premières privatisations, et quelques chanceux avaient déjà réussi à reprendre possession des biens confisqués par le régime après la guerre. ...

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08 Avr Déraillement

La dépêche vient de tomber… Sèche et laconique, elle annonce que le train corail de 17h11 vient de dérailler, entre Saint-Malo et Dol de Bretagne. Le lieu précis de l’accident, le nombre éventuel de victimes, les causes du déraillement, nous n’en savons rien. Une seconde brève qui vient d’apparaître sur le fil de l’AFP nous prévient que le préfet tiendra une conférence de presse à 19h30. D’ordinaire, je ne prête pas attention à de telles nouvelles : Je ne suis pas aux chiens écrasés, et les faits-divers ne m’intéressent pas. Et pourtant… Le train de 17h11… Combien de fois l’ai-je...

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04 Avr Autre

Ce serait mieux que tu comprennes… Pour toi, pour moi aussi. Pour moi surtout, peut-être… Tu es une partie de moi. Meilleure que moi, puisque tu es autre et que je peux donc t’aimer. Pas d’amour sans altérité… je suis entièrement d’accord. Que dois-tu comprendre ? En fait, je ne le sais plus très bien moi-même… Si ! Il ne s’agit pas, il ne s’agit jamais de compréhension strictement intellectuelle. Je voudrais suivre le fil de mon coeur,  des mots et encore plus des caresses qu’il me souffle, mais je suis interrompu en permanence. Où en étais-je ? Oui, tu vas penser...

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03 Avr Escalope

Euh… non : il fallait dire enveloppe. Du paquet de viande qui, à fleur de peau, réagit et frémit. La couche de chair en surface. Pardon pour ce manque soudain et fugace de respect : les corps y ont droit, à commencer par le mien, malgré tout. Et le tien, surtout. Rassurages : ce n’était qu’apparence, le respect n’a jamais été atteint. Un moment de faiblesse, c’est tout. N’oublions jamais nos corps. C’est par eux que tout commence et devrait finir : le goût, l’odorat, les autres et le suprême : le toucher. Celui qui nous permet de nous connecter et de fusionner. J’ai...

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