Fritures sur la ligne

05 Fév Fritures sur la ligne

Son frère lui ressemblait trop, qu’il en était insupportable. Avec lui, l’incompatibilité venait justement d’une trop grande similitude. Les ondes qu’il émettait devaient être trop proches des siennes, cela finissait par créer des brouillages et des interférences qui l’irritaient au plus haut point.

Tout ce qu’il disait, tout ce qu’il était remuait en elle des frissons dévastateurs qu’elle ne pouvait expliquer mais qu’elle devait taire, en le faisant taire. Alors, elle cherchait à chaque fois à le recouvrir, à le dépasser. Faire mieux que lui, ne pas se laisser prendre toute la place, encore une fois. Elle n’était même plus consciente de cette aversion qui la prenait et qui lui faisait toujours lui couper la parole. Il le fallait, un point c’est tout.

Avec lui, elle se sentait en danger de non-vie. Lui, avec son appétit de vivre, sa sensualité débridée et son insolente jeunesse, c’est comme s’il lui avait mis un pied dans la tombe. Lui, qui avait attiré toute l’attention et l’amour de leur mère. Cette douloureuse prise de conscience l’avait poignardée au coeur de son adolescence. Cet enfant qui grandissait à côté d’elle menaçait partout où elle même voulait exceller. Les compliments aveugles dont sa mère ne tarissaient plus pour son dernier l’avaient rendus muettes et injustes pour sa fille aînée.

San Francisco, grise et chafouine

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