Au coeur du Val

07 Nov Au coeur du Val

Dehors il fait presque froid. C’est sans doute l’hiver, mais rien à voir avec une soirée comme aujourd’hui.

(Attention que les mots ne partent pas trop loin et ne me détournent de l’image qui, à l’instant, me saisit et de l’émotion qui me parle.)

La nuit vient à peine de commencer qu’elle a déjà recouvert les lieux de l’épaisseur chaude et protectrice de l’ébène. Au faîte du toit, la cheminée fume, à moins que ce ne soit le chauffage au fioul qui ne dégage ses vapeurs.

La maison est enfoncée au creux de la pente, juste avant la grève. Du large, le courant est venu deux fois dans la journée traverser l’estuaire jusqu’ici. S’il s’est retiré pour la nuit, l’iode et la vase élèvent encore leurs parfums familiers, doux et acres à la fois. Jusqu’au jardin qui s’en s’imprégne comme une éponge, imbibée des senteurs mêlées de la terre, de l’herbe et de la mer.

À cette heure, le ciel est rarement couvert. Les nuages ont été poussés au large, les étoiles scintillent avec certitude, en fixant ce coin de terre dans l’immobilité paisible de cette nuit.

Ils s’adonnent l’un et l’autre à leur passe temps favori. Il faut bien le passer ce temps qui ne cesse de s’étirer dans la vieillesse, la monotonie et l’absence des êtres chers, ceux qui pleurent à leur tour leur absence aujourd’hui.

Lui, il écoute la radio, dans sa chambre à l’étage. Il capte bien la BBC, mais il écoute aussi France Inter ou France Culture, surtout les revues de presse internationales ou les bulletins de météo marine. Elle est sans doute devant la télévision, à s’inquiéter du monde et des valeurs qui s’effritent, ou à regretter sa vie en regardant des films d’amour. C’est parfois la déprime, sauf les dimanche en début de soirée, quand il y a concert sur Arte.

Lorsque le plancher craquera, que les pas se rapprocheront des escaliers avant de descendre, elle comprendra le signal. Elle se lèvera et se rapprochera de la salle à manger de son pas lent, qui commence à traîner bruyamment sur le sol. Déjà, deux assiettes s’encoignent au bout de la grande table. Le dîner est prêt.

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