Nostalgies d’un promeneur solitaire

03 Oct Nostalgies d’un promeneur solitaire

Ce n’est pas la première fois, loin de là. C’est plus qu’une habitude, un rituel qui, ces derniers temps, devient presque hebdomadaire : à chacun son dimanche.

Pour moi, c’est remonter ou descendre les rues d’une grande ville européenne, où mes activités actuelles me portent. Assis en terrasse au milieu d’une place gagnée par la nuit et les touristes allemands, je me demande ce soir pourquoi j’aime cela, et ce que j’y viens rechercher. D’ailleurs, les sensations et les expériences sont rarement les mêmes. Elles diffèrent autant que ces quatre coins du continent et n’ont de commun que la solitude du voyageur.

C’est ce que j’aime dans les voyages : être transporté, en quelques dizaines de minutes, dans un autre monde. Mais la globalité d’aujourd’hui rétrécit tout. Il ne reste plus que l’histoire et, dans les villes d’Europe, des architectures nostalgiques, pour marquer encore les différences.

Madrid ce soir, par exemple, qui me semble résolument tournée vers son passé : une architecture vieillote et fanée, où la modernité est très absente, mais pas le charme, heureusement.

A chaque fois, je crois que j’apprivoise la ville étrangère, que mes marches silencieuses sont des prises de possession de lieux qui deviennent faussement familier. Mais passer n’est pas rester. Ces murs aux belles façades sont comme les scènes d’une pièce qui serait jouée partout la même, livrée à des populations de plus en plus nombreuses, uniformes et insipides. Pourtant, derrière les façades, je sais bien que je ne pénêtre pas plus loin, et que je reste étranger.

Alors, ai-je au moins gagné des suppléments d’âme, en frottant mes pieds sur tous ces trottoirs différents et semblables en même temps ? C’est ce que je croyais avant, l’hexagone était trop limité pour moi, j’apprenais aussi les langues, je voulais agrandir mon être.

Ici justement, je me surprends d’aller à la recherche du jeune homme qui, il y a pas mal d’années, arpentait les mêmes rues pour d’autres missions professionnelles et solitaires. Qu’ai-je de commun avec lui, dont je n’envie que la jeunesse ? L’enveloppe charnelle n’a pas trop changé, même si les cellules se sont tant renouvellées depuis qu’il ne doit plus y en avoir une seule de l’époque. C’est vrai, je n’ai que des souvenirs lointains, aucune trace, aucune certitude. C’était un autre, résolument. Le goût s’est-il émoussé à ce point ? J’adorais Madrid, la beauté fière des femmes m’enflammait. L’Espagne était heureuse, dynamique et libre : la jeunesse dévorait tout et déferlait dans les rues de Madrid des multitudes de créatures brunes au regard noir qui provoquaient mon émoi. Ces femmes me terrorisaient de leur beauté, à tel point que je n’ai jamais imaginé comment les aborder, moi qui rêvais pourtant de les trouver toutes contre moi, nues et endormies, à mon réveil.

1commentaire
  • louis de Sagazan
    Posted at 16:31h, 05 octobre Répondre

    Sympatique et touchant, rêverie d’un promeneur solitaire, oui ! Mais plutôt à la René ! 🙂

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