Closerie des Lilas

08 Nov Closerie des Lilas

Ce lieu me rappelle les grandes intimiditations du provincial qui montait à Paris. C’était il y a des années qui, heureusement, me semblent à des lumières ce soir. Pendant quatre années, mes études à quelques encablées d’ici m’en ont fait longer bien souvent la terrasse, sans que jamais je n’ose pénêtrer le sanctuaire. Une haie de tuyas, taillés d’autorité comme les cheveux d’un général en brosse, montait la garde sur le trottoir et protégeait les lieux du regard des profanes.

Et puis, il y avait le nom aussi qui n’encourageait pas : La closerie me paraissait bien opaque. Je n’y avais vu aucun lilas se hisser hors du mur végétal, impénétrable et toujours vert, quelle que soit la saison. Je connaissais pourtant quelques-uns des mythes qui avaient construit l’histoire des lieux, jusqu’à l’enlèvement rocambolesque de Jean Edern Hallier en mal de notoriété.

Dôme, Select, Rotonde, Coupole. Je les avais conquis les uns après les autres et j’avais élargi mon cercle, c’était bien normal, aux Deux Magots et surtout au Flore. Lipp a résisté longtemps mais j’ai fini par vaincre aussi. Et la Closerie, jamais. Je suis parti vivre à l’étranger, je l’ai un peu oubliée.

C’est ce soir la première fois. J’attends un ami, que je n’ai pas vu depuis des années. C’est lui qui a proposé l’endroit. Il m’a dit qu’il habite à côté. Je suis charmé par l’ambiance, les teintes acajou, les lumières chaudes, le carrelage au sol, les boiseries au mur, les pénombres discrètes un peu partout. À côté de moi, deux jolies parisiennes viennent de s’installer. Elles ont commandé un thé chacune. Je crois qu’elles parlent de leurs enfants, mais leur conversation ne me parvient pas. Une jeune fille les a rejoint quelques instants, c’est la fille de la femme assise à côté de moi. Elle lui ressemble beaucoup.

Thierry de V. vient de me prévenir par sms de son retard. Mis en confiance par l’atmosphère et ces minutes libres devant moi, j’ai ouvert l’ordinateur et commencé ces lignes. Je comprends que l’on peut rester ici des heures et y écrire des romans. Tiens, une petite plaque dorée fixée à ma table : je suis à la place de Jules Romains.

Le centenaire de Camus dont on parle beaucoup en ce moment. La nostalgie de toute cette époque riche, Montparnasse, avant la guerre, Saint Germain des Près, surtout après. J’aime profondément ces brasseries, y passer du temps, écrire, observer ceux qui m’entourent. Elles m’inspirent plus que beaucoup de paysages naturels. Y a t’il, aujourd’hui, des lieux contemporains aussi riches de talents et inspirés ?

1commentaire
  • Mélanie
    Posted at 22:51h, 09 novembre Répondre

    Ces lieux existent encore et gardent leur magie, ils n’ont pas été remplacés.

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