Une voix

09 Déc Une voix

Une voix qui parle comme on chante, au dessus du ruban de l’autoroute, et qui m’enlève vers le ciel. Une voix jaillissant comme l’eau vive du torrent, enluminée de vent et de soleil. C’est une émission de France Culture. L’invité est en retard. Alors, la voix doit composer, inventer, lancer des rubriques imprévues. Et j’écoute, passionné déjà, sans même entendre de quoi il s’agit. Peu importe, je suis conquis, les kilomètres glissent sous la voiture, incognito.

Mes sensations s’élèvent en colonnes vers ces courants d’airs chauds où résonne le timbre magique, féminin et frais.

La séduction qu’une voix peut exercer est une des plus fortes. Si l’on ne connaît pas le visage, l’imagination se libère et les difficultés disparaissent. Bientôt, cette onde troublante est venue envahir mon cerveau, pénêtrer mon âme au plus profond. Il n’y a plus de distance, l’intimité est totale entre nous, tout est possible.

Avant l’ère du web, on pouvait les rêver : auditeur de radio depuis l’enfance, combien de fois ai-je pu imaginer des visages et des rencontres ? De la grave Macha, l’émoustillante Kriss, d’innombrables fées jusqu’à ma chroniqueuse d’aujourd’hui. Elle, légère et joyeuse, s’interrompait pour puiser son souffle en hautes et fines altitudes. Puis, le sourire aux lèvres, abondait de ses mots en cristal.

Pour ne pas briser l’idylle, je ne suis pas encore allé rechercher son visage sur la toile. Cette nuit, j’écouterai d’autres de ses émissions en podcast. L’apesanteur de cette aventure, mêlée d’éther et de mon sommeil, me fera vibrer.

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1commentaire
  • Louis de Sagazan
    Posted at 18:50h, 13 décembre Répondre

    J’aime tes derniers textes car il rejoignent, avec un surplus de beauté, d’élégance, mais aussi et surtout de sincérité, l’expérience métaphysique de la solitude, que tout un chacun connait avec plus ou moins d’intensité et cette incroyable énigme, mince comme un papier à cigarette, et blindé comme le mur d’un abri anti-atomique, qu’est la différence entre vivre et être mort. Ou quelque chose comme ça. Très Dostoïevskien en somme.

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