Une jeune femme très sage

03 Mai Une jeune femme très sage

Les pincements de ses lèvres ponctuent toutes ses phrases, c’est un vrai rituel.

Ce ne sont plus des dialogues. J’ai plutôt une autre sensation. Celle d’être renvoyé un siècle en arrière, du temps de ma petite enfance et des petites classes. Les maîtresses nous parlaient doctement et sagement, leur voix claire et leur ton haut emplissaient l’air qu’aucune contestation ne pouvait polluer de nos bruits ou de nos cris. Nous étions encore trop jeunes et sans conscience précise des enjeux qui commençaient à se tramer devant nous, de l’autre côté de la classe, contre le tableau noir où s’adossaient nos déesses.

En attendant, il n’y a plus de discussion. C’est elle qui parle sans s’interrompre et ses phrases se transforment en sentences sous lesquelles je cherche encore à trouver un minimum d’espace. Celui pour respirer ou, peut-être, pour m’enfuir.

Elle, je vois à peine le souffle l’animer : elle est trop mince pour avoir suffisamment de chair, son corps est aussi sec que le ton de sa voix. Le peu d’air qui circule en elle est en permanence coupé par ses lèvres tendues qui s’ouvrent et se referment aussi automatiquement et régulièrement qu’un clapet d’usine.

J’ai presque le sentiment d’entendre le claquement mat de dents qui rythmeraient martialement ses déclarations.

Pourquoi la vie m’a t’elle réservé une telle rencontre ? Je recherchais une femme, je retrouve un mentor. Je désirais un corps, c’est presque un squelette qui me fait face et me remplit d’effroi.

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