Tu n’oses pas

24 Mar Tu n’oses pas

– Tu n’oses pas ! Tu restes dans les jupons de ta mère…

“Alors c’est ça ma triste vérité ?” se demanda t’il.

Les mots résonnaient encore dans sa tête. Une vérité crue, sortie de la bouche de celle qui le connaissait le mieux. Une vérité ? Il aurait voulu lui rappeler que sa mère était morte depuis cinq ans, mais elle le savait aussi bien que lui.

D’ailleurs, s’il y avait encore des jupons aujourd’hui, n’étaient-ce pas les siens ? Elle qui l’accompagnait depuis des années, et qui supportait de plus en plus mal des frustrations qu’il ne cachait plus.

Tournant les talons vers des cieux meilleurs, elle venait de le planter là. Il restait seul, à déchiffrer l’indéchiffrable.

Pourtant, il n’en avait pas toujours été ainsi. C’était étrange, mais il le voyait bien en parcourant son passé.

Il avait pu vivre des années sans être trop malheureux. Il avait fait beaucoup de choses, il n’avait pensé qu’à ce qu’il faisait. Il en avait oublié le rêve de l’enfance, et celui-ci s’était transformé en un vide qui, peu à peu, avait grandi. C’est lui, aujourd’hui, le dévorait de l’intérieur.

Et puis, l’âge avait un peu commençé à compter. Sa mère avait finit par mourir, après une maladie qui l’avait agonie à petit feu.

Oui, cela remontait à la mort de sa mère : son départ l’avait rendu libre, et il n’avait rien fait de sa liberté.

Il y avait quelque chose de juste dans la remarque de sa compagne. Il était étrangement lié. Mais pas dans le bon sens : il était bloqué. Et cela était en lien avec sa mère, comme avec sa compagne et toutes les femmes qu’il avait rencontrées dans sa vie. Et celles qu’il n’avait pas rencontrées non plus. Pourquoi ? Il n’en savait rien…

Et c’était depuis ce temps là que la frustration le mangeait. Morceau par morceau, muscle après muscle, elle l’avait pris des pieds à la tête. Il sentait même jusque la pétrification de tout son corps et de toutes ses forces. C’était nouveau : chaque matin devant la glace, il n’osait affronter les signes d’un vieillissement prématuré.

Tu n’oses pas… Facile à dire !

Que devait-il oser ? Quelles règles devrait-il transgresser pour percer la chrysalide ? Il le savait, l’enfant qui était en lui atttendait toujours. Cet enfant merveilleux, nimbé d’or et de beauté.

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