Trois histoires courtes et désagréables : La Fausse Muse, le Satisfait et le Fou

21 Juin Trois histoires courtes et désagréables : La Fausse Muse, le Satisfait et le Fou

Je sortais en quête d’inspiration et de muse, je reviens avec trois histoires assez désagréables, dont celle de la fausse muse, justement, du satisfait, et du fou.

La Fausse Muse

Il était une fois une fausse muse. Je l’avais recrutée au moyen de réseaux sociaux littéraires spécialisés. Nous avions rendez-vous en sortie de métro, quelque part du côté de Montmartre. Le carrousel qui tournait sur la place, la foule de touristes joyeuse et insouciante, la chaleur et le ciel bleu, j’étais prêt. Jusqu’à ce qu’elle surgisse, comme une nymphe lourde, du grand trou noir. Salopette et tee-shirt contenaient trop mal des chairs flottantes qui ne demandaient qu’à balancer dans les airs. Son visage se perdait derrière des écailles noirâtres et des verres immenses et trop propres, car ils faisaient un effet de loupe bien cruel sur des traits déjà trop gonflés…

Considérant la masse physique qui me surplombait, j’eus le courage et l’élégance de cacher ma stupéfaction. Passé le café vite bu sur un bout de trottoir, je lui promettais de lui envoyer mes textes, et m’échappais à mon tour vers le trou noir, vite, de peur qu’elle ne me rattrape.

 

Qu’on se rassure, cette histoire est inventée de toutes pièces, une telle rencontre n’a jamais existé. Il vaut mieux, car si elle tombait sur ce récit et se reconnaissait, j’aurai droit à un mauvais quart d’heure…

 

Le Satisfait

– C’était royal ! Piscine à l’extérieur de la chambre, lit king size, des écrans partout, même au-dessus de la baignoire… Je n’avais plus qu’à m’enfouir dans une montagne de coussins, mettre la télévision, et te parler au téléphone ! Le pied !… »

Tant pis pour lui. Il n’avait qu’à ne pas s’asseoir à côté de moi et prendre la place d’une belle. Avec sa chemise à gros carreaux et aux manches courtes, il transpire la satisfaction et la médiocrité à plein nez. En face, ce n’est pas mieux. Madame Moche le félicite et l’admire. J’espère au moins, le menteur, qu’il a eu le courage, sous les Tropiques, de la tromper pour des fesses plus fermes et des seins plus fiers. Ça, c’est ma petite note de solidarité masculine. C’est tout ce que je peux faire pour lui.

À ma droite, un couple encore plus vieux se plaint que tout fout le camp, même les olives du Flore qu’ils ont remplacées par des chips minables. Et ce Kir, pas assez royal. Ma parole, ce sont tous des rois, ce soir ! Eux, cela fait dix minutes qu’ils se demandent ce qu’ils vont faire de leur plus-value. Faut qu’ils se dépêchent, ils n’en ont plus pour longtemps à survivre. D’ailleurs, ils se sont levés, ils ont vite disparu dans la nuit noire, à l’opposé de la fête de la Musique, qui bat son plein, juste à côté, sur la place de l’église de Saint Germain des Près.

En attendant, Colombin et Colombine rigolent à gauche. Elle a tourné la tête pour cacher des gloussements qui lui rident la gorge. Se moquent-ils de moi qui gribouille à côté ? Ce serait la moindre des choses, s’ils savaient ce que je suis en train de leur faire.

Le Fou

Pour vaincre le mal, interrompre la pression des parois qui se referment, des étaux qui m’écrasent déjà les tempes, j’ai besoin de vous. Je crie, mais vous tournez à peine la tête. Vous ne m’entendez pas. Vous ne pouvez pas m’entendre. Je crois qu’aucun son ne sort de ma gorge sèche.

Je me bats contre mon destin, je cours dans un labyrinthe.

Il y a des cloisons invisibles, m’avait il dit, aussi infranchissables qu’elles sont transparentes. Il avait raison. C’est cruel, au Flore et ailleurs. Comme ces quelques mètres, pas plus de deux je crois, et cette jolie femme, à la table juste en face de moi, qui parle à d’autres hommes que moi. Elle me regarde parfois, mais elle n’est pas pour moi.

Comment briser cette paroi ? L’écriture, si je le peux vraiment ? Car je ne me contenterais plus d’à peu près. Seuls le dense, le vrai et le beau combleront le vide.

1commentaire
  • lou
    Posted at 19:16h, 22 juin Répondre

    Je suis tentée de vous dire que la question posée , (parallèle à « être ou ne pas être » ) est : « écrire ou ne pas écrire ».
    Écrire c’est Être.
    Vous ne pourrez pas faire autrement…

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