Terre maternelle

04 Oct Terre maternelle

Mon regard ne peut quitter cette mince veine de terre. Elle est finement dénudée dans la pelouse qui, en bordure du chemin, a été tranchée sur des lignes droites, courtes et précises pour dégager un carré d’air libre qui s’envole vers le ciel, en révélant une pomme d’arrosage qui surgit hors du sol.

Sa robe marron se déploie sur quelques centimètres de largeur, limitée par la crète de l’herbe tendre et verte qui ressemble un peu à une décoration légère qui lui aurait été ajoutée pour un peu plus de gaité, et pour mieux attirer les rayons du soleil.

C’est d’abord la couleur sombre, chaude et rassurante, celle de la matière brune qui me paraît charnelle et tellement proche. Et même si je sens que la terre a été bien irriguée par l’arrosage, je la sais composée de millions de grains de poudre qui la maillent comme les pores de ma peau.

Je n’ai pu résister plus longtemps, j’ai défait mes chaussures et posé mes pieds nus sur l’herbe. Et ainsi, à travers ce contact doux et rassurant, me relier à l’essentiel, aux canaux d’énergies premières de cette matière avec laquelle je me sais tant de relations : tu es poussière, tu redeviendras poussière, disait Jésus. Oui, la poussière comme particule élémentaire de la terre… Ma mère, mon origine, ma destination.

Il n’est jamais bon d’isoler l’homme trop longtemps du contact avec la nature, ni de la défigurer celle-ci… Je prédis un siècle d’exode urbain, il faut que l’homme retrouve au plus vite ses racines et se réconcilie avec ses campagnes. Les dangers écologiques marquent l’urgence.

Un peu plus loin, en tournant la tête vers la gauche, je vois un massif de fleurs aux couleurs et aux tailles multiples. Elles ont été nourries en partie par mes frères humains qui ont apporté leur concours au cycle ininterrompu, ceux qui sont déjà retournés composer l’humus de l’écorce terrestre. Mon tour viendra, je ne suis pas pressé, mais je suis rassuré de sentir cette continuité profonde de la vie.

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