Sphères

11 Déc Sphères

Chacun d’entre nous, nous sommes les habitants de sphères dont l’étendue et l’apparence nous font croire que nous avons là l’infini et l’univers. Nous y croisons des êtres, des semblables, dont nous faisons les seuls réels vivants de notre monde. On a vite fait de penser qu’il n’y a rien de plus que ce qui nous entoure, on s’en rassure avec une crédulité à bon prix.

C’est ce qu’il se disait en contemplant le visage de cette jeune femme, assise en face de lui dans le train. À aucun moment pourtant ne l’avait elle remarqué. Son regard était toujours tourné vers l’extérieur, comme si elle recherchait dans le défilement des paysages à retrouver son propre territoire.

Il la trouvait belle, très belle. Cette beauté, se disait il, ferait son bonheur et remplirait sa vie en lui donnant enfin le sentiment d’une finitude infinie ! Avec une femme comme elle, en buvant la mer de points de rousseurs qui miroitaient sous ses yeux, il sentait qu’il serait heureux et qu’il emplirait son univers à lui, pour toujours.

Peut-être que cette femme n’était pas la plus belle. Il était même possible que l’éclat de sa beauté et son élégance, en d’autres sphères, en d’autres milieux et sous d’autres lumières, brillerait moins. Oui, il y en aurait de plus belles, comme il y a des étoiles plus hautes et des soleils plus grands et plus chauds.

Il est plus que probable, se disait il en de rares moments de lucidité sur la vie, et de distance sur lui-même, il est plus que probable qu’il y ait des univers meilleurs que le sien. Plus beaux, plus pénétrants, plus profonds, plus raffinés… plus riches en quelque sorte. Et pourtant, je peuple ma sphère de rêves qui, à moi, me paraissent infinis et absolus, même s’ils seront limités pour d’autres.

Il suffisait de voir les passants dans la rue, de constater si souvent la médiocrité ou la vulgarité qui l’entouraient. “Oui, mon univers est tellement meilleur que le leur”, se rassurait-il si souvent… Mais ce qui lui était pénible alors, c’était d’imaginer ceux qui, légitimement, porteraient le même regard sur lui.

 

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