Souffrance d’enfant

23 Mar Souffrance d’enfant

Elle était sur son lit d’hopital. On venait de lui administrer une anesthésie qui devait l’emporter dans le pays des rêves où la douleur n’existe pas, le temps nécessaire pour l’opération.

Les médecins avaient pourtant tenu des propos rassurants : l’intervention était sensible, certes, mais elle était bénigne et ne comportait aucun risque. Mais je vis bien que la peur venait la prendre. Celle-ci profitait perfidement de l’engourdissement qui, peu à peu, la gagnait. En même temps, je sentis que toutes les résistances de la malade tombaient, toute sa force psychologique se transformait en fragilité. Ce n’était plus la femme que j’aimais qui était devant moi, mais l’enfant qui était en elle et qui voulait s’abandonner entièrement dans mes bras avant que le sommeil ne la ravisse.

Elle devait sentir un gouffre noir qui se révélait sous elle, l’imminence d’un danger. Avant de fermer les yeux, elle me dit qu’elle m’aimait. Comme elle ne me l’avait jamais dit. Elle me parla aussi des enfants, qu’il lui manquait et qu’elle voulait les retrouver très vite. Ses mots furent simples et bouleversants. Ils exprimèrent l’amour d’une pureté et d’une grâce d’une intensité que je n’avais jamais connue.

Je la retrouvais telle que je l’avais aimée, au tout début de notre rencontre. Elle était dans l’éclat de sa beauté et l’attraction formidable de la personne que j’avais alors épousée dans une fascination réelle. Et si les années et le temps nous avaient depuis habitués l’un à l’autre, je ressentit une émotion plus intense que jamais.

Je la tenais dans mes bras. Je sentais la peur de l’enfant désarmée face à la souffrance qui rodait. Elle me parlait comme elle ne m’avait jamais parlé. Les résistances, les fiertés et sa réserve habituelle s’étaient évanouis. Il n’y avait plus de contrôle, que l’expression vraie de son amour. Je la serrais contre ma poitrine et lui promit le mien, pour toujours.

 

à m w d

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