Nuit bloquée

19 Déc Nuit bloquée

J’entrais dans ma nuit. Les vides de la journée m’avaient suffisamment lassés, j’étais fatigué et mûr pour le meilleur des sommeils.

C’est à ce moment que j’ai vu l’homme arriver à ma hauteur. Je dis bien à ce moment, c’est important. Celui où je ne m’étais pas encore enfoui dans les rêves.

Il était laid, ridicule et grimaçant. Il calait sa petite et maigre silhouette contre le seuil d’une porte ouverte.

Derrière lui, il y avait un couloir qui menait partout. J’avais senti l’appel du vent et les feuillages chantaient déjà leur forte incantation. Celle-là, la même, je le sais, qu’il faut toujours écouter pour mieux la suivre. Celle que je guette à chaque fin de journée et qui, ce soir là, était venue au devant de moi.

Il était là. Le voyage m’appelait et je m’envolais déjà. Il me fixait pourtant d’un regard où je ne sus rien lire. L’homme faisait-il partie de l’aventure ? Quelque chose m’intriguais.

J’aurai mille fois rêvé d’une sylphide, mais pas de lui. Son visage où se battaient la maigreur, la dureté et la méchanceté qui ne pouvaient que m’inquiéter.

J’ai voulu le contourner. J’ai fait un pas de côté, en avançant mon épaule pour faciliter un passage plus discret. Il ne l’a pas permis. Il a fait comme moi, un même pas de côté. Mais, celui-ci, pour se placer face à moi.

Je ne pouvais plus avancer. M’appuyant sur mon pied gauche, je tentais un passage en contrepied, au ras de la porte dont il venait de se décoller. Il m’imita, roulant des épaules et du ventre et du bassin et de sa tête dont il plantait aussitôt le visage menaçant contre le mien.

J’étais bloqué. Mon rêve et ma nuit étaient bloqués. Mes explorations, les paysages à survoler, mes femmes à aimer, leurs corps à embrasser… les étoiles à contempler, les arbres à escalader…

Il me privait l’élévation vers mes nirvanas nocturnes. Je me doutais qu’il resterait là aussi longtemps qu’il le faudrait pour m’empêcher l’accès. L’homme était frêle et âgé, mais la force qu’il dégageait, une force qui ne venait pas de lui, cette force était telle que je savais l’accès à mes rêves à jamais condamnés.

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