Les pots de fleurs

17 Nov Les pots de fleurs

Fin d’une grande et longue journée de rencontres consacrées aux enjeux de la civilisation numérique dans l’une des plus belles capitales de l’Europe Centrale. Les experts se sont succédés, des pointures de la politique, des médias et du business venus de France ou du pays hôte de l’évènement. Le tout ponctué par le discours de clôture d’un récent Premier Ministre français.

J’ai passé la journée à serrer mille mains, à manifester tant d’amour et de sincérité calculée, à jouer la comédie avec les acteurs économiques de là bas, expatriés français ou pas, que je connais si bien pour avoir été des leurs dans une autre vie pas si éloignée.

Est-ce la distance et le temps depuis que j’ai quitté le pays ? Soit c’est eux, soit c’est moi: c’est comme si je les voyais d’un oeil nouveau, lucide et sans merci. Les vrais, qui sont d’ailleurs les plus brillants, ceux qui ont du charisme et qui méritent leur réussite, ce sont aussi les plus rares. Les courtisans, les bouffons, les imposteurs même, les parasites font nombre. Un monde de requins en gants blancs, costume de ville et chaussures vernies.

Le programme s’achève par une soirée de gala, cocktail et petits fours sous les arcades fraîchement restaurées du Château Royal. C’est à ce moment, et à ce moment seulement qu’on avait le droit de faire venir les femmes, c’était marqué dans le carton. Il faut croire que le business, la politique et le numérique sont encore un univers très masculin. Mais quel paradoxe, après avoir exploré pendant des heures les mondes nouveaux qu’offrent les nouvelles technologies ! À croire qu’avec la nuit galopante, c’est le passé qui retombe sur nous en rapportant les moeurs d’un autre temps. J’ai la tristesse de les voir arriver en cohortes et venir s’accrocher aux bras de leurs mâles : belles élégantes, pauvres fleurs dont certaines ont un peu séché, dont les parures de grand prix maquillent mal l’outrage du temps. Je les ai connues plus jeunes, plus fringantes, plus idéalistes aussi.

Ces subtilités de guerriers, ces costumes et ces pots raffinés qui cachent la fatigue de leurs fleurs… Je pense à une phrase de Chateaubriand qui me revient sans peine, et qui doit venir tout droit de ses mémoires bien nommées aujourd’hui : « La gloire est pour un vieil homme ce que sont les diamants pour une vieille femme : ils la parent et ne peuvent l’embellir »

J’étais dans une capitale moderne le jour, ce sont les valeurs ancestrales qui reprennent maintenant le dessus, qui empestent la province et les conventions. Pris dans ces pensées plutôt sombres, je n’ai pas eu la force d’aller séduire une ravissante interprète.

Je l’avais déjà remarquée un peu plus tôt. Ravissante, des cheveux blonds et bouclés, plutôt courts et ne lui touchant pas les épaules. Un joli nez busqué, un sourire timide et peu sûr de son effet, un ou deux boutons mal fardés sur le visage et qui trahissaient son adorable jeunesse, une silhouette fine et élancée, rien qu’un pull gris à col roulé et un jean à peine serré. Appuyée sur une table haute, non loin du buffet, elle ne s’est pas ennuyée longtemps seule. Deux gros businessmen lui faisaient déjà la cour. Je me suis senti vieux tout d’un coup, je suis parti.

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