Les dictées

21 Juin Les dictées

Distrait et rêveur, je n’excellais pas en dictées. Il est vrai que je ne les aimais pas, elles me le rendaient bien, je n’eus jamais de vingt sur vingt. Je détestais la lecture lente du maître, épelant presque chaque mot, désarticulant chaque phrase, appuyant chaque virgule, démembrant au passage le texte de toute beauté, pour nous faire « sentir » le texte et, dans sa grande bienveillance, éviter les dangers qui nous guettaient à chaque ligne…

Je détestais autant les exercices sensés permettre à des élèves aussi insensibles qu’ennuyés de comprendre la composition des grands textes et, par conséquence, le génie de leurs auteurs. Même les cours sur nos meilleurs poètes ne m’intéressaient pas. Ces explications pénibles, sur le choix de tels mots, tels consonnes ou telles voyelles pour produire tels ou tels sons, elles me semblaient aussi rébarbatives que nos cours de physique-chimie.

Pourtant, je lisais. J’ai toujours lu. Il me semblait que la lecture, c’était tout simplement autre chose et, avant tout, du plaisir.

Ces descriptions lentes et scolaires ont eu leur part dans le choix de mes lectures d’adolescent. Je préférais rêver, m’évader aux quatre coins du monde, avec Jules Verne, Fenimore Cooper ou Jack London. Je vibrais déjà, je ne pouvais ouvrir mes livres que pour en ouvrir d’autres, et le petit bonhomme que j’étais vivais à plein les émotions de ses héros lointains. Je ne riais jamais qu’en silence, comme Bas de Cuir, et je courais pieds nus sur les rochers qui bordaient les plages, avec la même agilité que Chingagkook. Et mes réelles émotions, je ne les livrais pas, comme Edmond Dantès.

Le seul bon souvenir que j’ai gardé du collège, en cette matière, c’est la découverte de Marcel Pagnol.

C’est au moment où j’ai quitté le carcan de l’école que j’ai découvert des auteurs plus classiques et plus « adultes » et que je me suis livré, en m’affranchissant de toute contrainte ou restriction morale, à toutes les lectures qui me tombaient sous la main, garnissant ma bibliothèque des volumes blancs de la collection Folio. (Déjà, Gallimard me séduisait pour son élégance.) Je rattrappais, en fin d’adolescence, tous mes auteurs perdus en cours de route, tous les préférés de l’Education Nationale qu’elle n’avait pas réussi à me faire aimer, les Paul Valéry, Hugo, Colette, Flaubert et bien d’autres…

1commentaire
  • lou
    Posted at 19:08h, 22 juin Répondre

    Déjà ce mot combiné  » éducation nationale » porte en lui tout le désespoir et la quasi impossibilité de passionner un élève. Votre cheminement cher Guillaume nous rappelle nos ennuis d’antan… Mais si bien écrit…
    Si bien….

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