Les cavaliers

11 Mai Les cavaliers

Ils sont subitement apparus sur la crête. J’ai cru un instant que j’étais au Rivage des Syrtes ou, c’est pareil, au Désert des Tartares.

Je les guettais, du haut de ma tour fragile. Depuis des jours et des jours, je montais dès l’aube au sommet de l’édifice branlant que je m’étais construit en avancée de la maison. Je ne voulais pas être comme la taupe de Kafka. Je ne voulais pas être surpris, je me devais être présent. Cela ressemblait à la fierté de celui qui veut mourir debout.

C’était comme dans un film : L’horizon s’était chargé de les accueillir. En silence bien-sûr puisque j’étais trop loin pour entendre quoi que ce soit. Comme d’un coup de baguette magique, ils avaient surgi de nulle part. Et pourtant rien n’était plus indiscutable, maintenant, que leur réalité.

Les cavaliers contemplaient la conquête qui, vulnérable et trop faible, s’étalait au creux de leur colline.

La lumière était éclatante. Leurs silhouettes tremblaient dans la chaleur de l’air qui s’était réveillé avec le jour. Pourrais-je encore croire qu’ils n’existaient pas et que je rêvais d’un mauvais rêve ? Mais pourquoi faire semblant plus longtemps ?

Je savais. Je l’avais toujours sû. Entre le paradis et l’abîme, le temps avait décidé.

Je ne les voyais plus. Déjà, des nuages de poussière montaient vers le ciel et obscurcissaient ma vue. J’entendais leurs premiers cris de guerre et préférais, pour échapper au cauchemar, m’enfouir dans d’autres rêves plus noirs et silencieux.

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