Je veux mourir

20 Oct Je veux mourir

Pourtant, les cloches de Saint Germain carillonnent, c’est l’heure d’appeler aux Vêpres.

La fenêtre de la cuisine était fermée, mais j’ai bien entendu. Un cri, suivi d’une lamentation qui ressemblait à un autre cri plus lent, plus grave.

Hier, c’était une femme que je croisais à quelques mètres de là. Elle pleurait à pleine gorge, le téléphone collé à l’oreille en marchant droit devant elle, si droit que j’avais dû glisser de côté pour lui laisser le passage. J’allais à la poste envoyer un message important, mais c’est une autre histoire.

Le miracle banal et médiocre, c’est que je l’ai retrouvée, la femme au téléphone. C’était environ deux heures plus tard. J’étais à saluer mes grands frères du jardin du Luxembourg avant la fermeture vespérale. Au moment de m’asseoir près de mes pelouses amies, je l’ai reconnue. Assise derrière moi, elle conversait. Je tentais de capter des fragments pour mieux comprendre. Déjà, tout à l’heure, rue Jacob, j’avais failli me retourner vers elle. J’avais fébrilement échafaudé le scénario d’un salut, d’un sourire, d’une parole peut-être… tant sa détresse m’avait déchiré le cœur.

Et là, rien. Je m’irritais un instant qu’une nurse maladroite oublie trop longtemps près de moi deux petites filles aussi charmantes que bruyantes, qui m’empêchaient d’entendre quoi que ce soit. Pourtant, une fois celles-ci éloignées, je n’y entendais toujours rien. Cette femme jetait des phrases monocordes et ennuyeuses dans l’instrument en plastique qu’elle pressait toujours à l’oreille. Mais plus aucun anéantissement ne la guettait. Il me semblait que les menaces de tantôt avaient disparues dans les vapeurs des heures ou de l’oubli.

Le silence et la nuit sont en train de tomber. Mais je ne veux pas oublier. Ni cette femme d’hier, pour qui je m’étais tant inquiété avant de me rassurer à bas prix. Ni ce cri, tout à l’heure, venu d’une fenêtre d’où j’ai déjà, en d’autres jours, entendus d’autres cris.

Je l’ai déjà vue. Accompagnée de sa mère, elle remonte parfois la rue en direction de la place où grouille si vite, si près, le cœur violent de la ville. J’ai vu son front marqué des plaies qui écrivent, juste au dessus de ses yeux, les mots de son mal être.

Les minutes ont passé. Les fenêtres, sans doute, sont refermées car je n’entends plus rien. Que, de l’autre côté, les fiaulements des voitures qui passent.

Qu’est devenue cette jeune femme désespérée ? Je sais qu’elle est à quelques mètres de moi. De l’autre côté de la cour, sans que je sache exactement lequel des appartements d’en face est le sien. Recluse pour une nuit de plus dans sa tristesse. Et moi, ici, plein de ma vaine solitude.

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