Fatigue

23 Jan Fatigue

Une question est venue effleurer le cheminement de mes pensées. Je remontais la rue d’un pas pressé. Le ciel de fin d’après-midi déversait tout son fiel d’hiver, les vents, les pluies, le froid et la nuit galoppante, tandis que les reflets des vitrines grelottaient dans les flaques d’eau. Je tentais de m’enfuir, me soustraire plus vite de tout cela, voir si je peux encore, au bout de trois lignes, basculer.

N’est-ce pas moi, finalement, que je ne supporte plus ?

Est-ce l’effet de la fatigue, du creux de janvier et du manque de lumière et de chaleur ? Ou vous tous autant que vous êtes. Vous aussi, vous m’irritez tant, sans exception, ou presque. Ça va crescendo, ça s’aggrave jour après jour. Seuls ceux que je ne connais pas encore, les promesses et les rêves de rencontres, et les grands écrivains – la plupart n’étant déjà plus de ce monde – ceux-là seuls, donc, ont encore grâce à mes yeux. Tous les autres, vous, moi inclus, je nous trouve tellement lourds, prévisibles, connus, limités, atteints de toutes les bizarretés et toutes les pathologies de ce monde trop mortel…  Tous dingues.

Et pourtant, il y a encore des gisements d’espoir et qui dépendent aussi de moi. Cela me rassure un peu, sans doute à bon prix, sur mon compte. J’aurai quelques clés pour m’en sortir et porter une lumière qui éclaire un peu en légèreté, en douce folie ou un peu de beauté.

Il y a encore les frissons que me procurent une belle page lue ou, c’est encore mieux, écrite. J’y mets toute mon ambition et, à défaut de temps qui me manque encore, tous mes espoirs. Je veux devenir écrivain, le seul vrai moyen de m’accepter et, en même temps, de m’extirper de ce vide et de cette fatigue qui étaient bien lourds tout à l’heure, et juste un peu moins maintenant.

Varsovie

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