Enfance

04 Août Enfance

Cela commence par le doux parfum de la laque qui vernit les bois de sapin. Oui, lorsqu’elle finit par se décoller des jointures qui encadrent les fenêtres des chalets, toute craquelées par les jours, les mois, les années de soleil.

Il m’arrive de retrouver cette odeur, dans les allées de certains magasins, ou au fond de vieilles maisons que je visite trop rarement.  Je ne saurai la décrire, je n’ai pas de mot. Quelques images de colle, de rayons chauds, dorés et obliques, de prairies ondoyantes qui se couchent au vent, juste derrière le carreau.

Ce ne sont que des instants. Il n’y a pas d’action, personne près de moi mais je sais Maman proche, forcément. Et Christophe, jamais loin. Il a laissé en froide Normandie ses apparats de fauvette grise mais je le reconnais toujours, même quand il plisse son visage à la lumière trop forte.

J’entame alors mon voyage sur le tapis volant des odeurs, des senteurs et des souffles qui le poussent vers les étoiles de l’enfance. C’est un goût de rouillé au fond de la bouche, des mois, des années durant, que j’ai cru garder, mi inquiet mi amusé, après avoir léché sottement une pièce de monnaie au métal fatigué que j’avais trouvée par terre. Ce sont les foins des alpages dès que la pluie est passée, fumant au soleil l’ocre et le tabac, tel que je me l’imaginais.

C’est, au fond de vieilles fermes, le lait qui tourne dans d’immenses citernes de cuivre, je crois, car il brille encore dans ma mémoire. Une immense spatule, plantée au milieu du courant, vient parfois choquer les parois et émettre des sons feutrés, éteints et rassurant. La tête tourne aussi, dans l’amer, le fruité et l’écoeurement parfois trop fort qu’il faut vite courir, courir dans le champ et rire tant l’air frais retrouvé chatouille et donne envie de s’envoler.

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