Emma, ou le miracle d’une (très) jolie femme

18 Fév Emma, ou le miracle d’une (très) jolie femme

Emma a d’immenses yeux bleus tâchetés de mille points sombres aux éclats trop profonds. L’ovale gracieux de son visage n’est que finesse, charme et beauté. Sa voix claire m’envoûte, son sourire me caresse. Je ne sais plus ce qui, chez elle, m’attire en premier. Au cours des minutes d’or qui s’effilent sur un chapelet divin, je découvre les unes après les autres les merveilles de son mystère. Elles me ravissent comme si je découvrais un trésor de pierres précieuses qui m’annoncent ma félicité. Je dois avoir du mal à ne pas montrer ma joie. Déjà, je voudrais toute la prendre, l’avoir à moi, baiser ses lèvres et ses seins, l’emmener au désert.

Son élégance et sa féminité tranchent avec la décontraction surjouée qui règne de plus en plus dans les grands groupes et qui n’est, la plupart du temps, qu’un leurre. C’est plutôt une lutte quotidienne féroce pour tous ces diplômés aux dents longues qui évoluent à des postes de haut niveau. Les places sont chères pour avoir le privilège de travailler chez S…., l’une des deux ou trois entreprises high-tech les plus réputées au monde aujourd’hui.

Les traits d’Emma sont tirés, je vois sa minceur et son teint pâle, qu’elle a mal camouflé sous un poudrage un peu hâtif, tout à l’heure, juste avant de venir me chercher à la réception. D’ailleurs, elle ne me cache pas le rythme fou, les tensions, les changements fréquents à l’intérieur de la structure, une valse des chefs permanente, l’information distillée à doses infinitémisales, au sein même de l’entreprise. La peur de l’espionnage industriel s’est transformée en schizophrénie, presque personne ici ne connaît les plans de développement des prochaines semaines.

Ce n’est pas la première fois que nous nous voyons Emma et moi, et nous échangeons souvent au téléphone ou par emails. Aujourd’hui pourtant, la complicité va un peu plus loin, sans doute parce que nous sommes seuls, alors qu’il y avait toujours une ou deux autres personnes de plus les autres fois. Est-ce parce que nous sommes heureux de nous retrouver entre français, en plein Londres, au coeur de cette multinationale ? Moi aussi, voyageur permanent, je ne rencontre quasiment jamais de compatriotes.

Son front se plisse parfois, ses sourcils expriment aussi les difficultés qu’elle me décrit. Mais sa grâce est au delà de tout cela. Emma est forte, et elle est belle, vraiment très belle. Ai-je le souvenir d’une telle beauté ? En attendant la réponse qui, de toute façon, n’a aucune importance en cet instant, elle me vrille ses charmes les uns après les autres dans mes profondeurs qui ne résistent surtout pas. Belle guerrière dans ces bureaux très modernes, dans ce quartier qui marque l’entrée dans la City londonienne, mélange d’ancienneté et de modernité formidable, à l’image de cette belle énergie anglaise qui, j’ai cette chance, coule dans mes veines.

Déjà, nous nous sommes promis une prochaine fois. Un déjeuner ou un dîner à Milan. Ce sera à la mi-mars. Mais nous ne serons pas seuls, elle viendra avec ses partenaires italiens, moi avec les miens. Bien-sûr, je n’ai rien fait pour briser le déroulement de ce qui n’était qu’une rencontre professionnelle. Je ne suis pas fou. Je me serai certainement ridiculisé, et j’aurai perdu un bon contact et des belles perspectives. Et je ne connais que trop bien mes limites.

Mais ce n’est pas grave.

Emma vient de sauver ma vie. Celle d’aujourd’hui, qui n’était qu’anxiétés diverses et contrariétés. Ce soir, je m’endormirai seul, mais je suis un homme heureux qui a vu que le rêve existe. Mes lignes sont plus joyeuses. L’écriture est plus légère lorsqu’elle va vers la vie, celle qui m’est offerte dans la découverte de telles beautés dont l’irradiation me comble durablement. La voie est tracée.

Si Emma n’est pas contre moi, je l’ai un peu avec moi, et je suis heureux d’écrire pour elle.

Londres

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