Du mauvais côté

31 Août Du mauvais côté

C’est ce qu’il disait, adossé au mur de pierres que les rayons du soleil avaient réchauffés de longues heures, depuis que le matin, un de plus, s’était ouvert sur un ciel où seuls quelques nuages blancs défilaient avec élégance sur le velours de l’azur céleste, poussés par des vents chauds venus souffler jusque sur la terre, en dessinant l’écume au loin et en faisant parfois s’envoler des particules de sable et de poussière qui s’entrelaçaient et dansaient dans l’air léger.

Lui seul adossé au mur dont la dureté rapait sèchement contre son dos. Lui seul, sans doute, du mauvais côté : La beauté de la mer qui ourlait son écume sur la grève, au loin, cette beauté ne lui suffisait pas, c’était évident. Pourtant, n’est-ce pas la mer qui l’océan qui l’avait attiré jusqu’ici, pour la cent-millième fois ?

Il y avait toutes ces belles.

Vous, alanguies négligemment sur vos serviettes de bain plaquées délicieusement au sol, silencieuses, complices et ravies d’avoir à supporter vos douceurs charnelles. Vos corps déposés en nudité convenue d’un haut et d’un bas qui se ravissaient, à leur tour, de révéler au caprice de vos mouvements, les paleurs que le soleil n’avait pas encore halé du cachet de son bronze soyeux, révélant bien-sûr et surtout la beauté d’une chair transfigurée du miel et des ombres célestes qui décorent vos épidermes en les rendant follement comestibles. Les fruits de vos beautés étaient plus désirables que jamais.

Devenait-il fou ? Ou malheureux ? Il eut soudainement l’image du vieillard mortellement endormi sur son transat, en pleine plage du Lido, la teinture des cheveux dégoulinant sur les joues de von Aschenbach ou de Visconti ou alias moi-même qui avait voulu se faire beau pour se hisser à la hauteur de l’angélisme de Tadzio.

Il était du mauvais côté. Celui, honteux, de celui qui reçoit dans tout son être et son émoi la perfection et ses vibrations, et ne peut les atteindre, ni même les toucher.

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