Dévoré par un tigre

04 Sep Dévoré par un tigre

Profitant du calme de la fin de journée, j’avais fait quelque pas hors du campement que nous venions de monter. Seul, j’avais voulu suivre quelques étoiles naissantes, là haut dans le ciel qui virait doucement à la nuit, sous lesquelles j’aimerais méditer en silence.

Pris tout d’un coup par la peur, je me retournais. Tant la brousse était épaisse que je ne voyais même plus les tentes ni le feu que nous prenions toujours soin d’allumer et d’entretenir, pour chasser les bêtes sauvages.

Je senti la panique affluer si vite, comme si elle avait remplacé mon sang disparu de mes veines. Mon coeur se mit à cogner si fort dans ma poitrine que je crut un instant qu’il faisait trembler le sol et soulever la poussière à une cadence qui accélérait. C’est alors que je distinguais, à quelques dizaines de mètres de moi, la masse d’un fauve qui se rapprochait terriblement et bondissait de tout son poids sur la terre d’argile en poussant des rugissements effrayants. Il s’arrêta à une distance d’où un seul saut lui aurait suffit pour m’atteindre et m’écraser.

Ses yeux lançaient vers moi l’éclat de deux gouttes de lumière fixe et noire, d’où je ne put rien lire. Je vit alors ses muscles se tendre, sa gueule presque immobile et prête à s’entrouvrir pour me déchiqueter. Dans un dernier mouvement, je retournais ma tête vers le camp et poussais un dernier cri, ce qui le précipita.

Je devais être encore en vie. Je portais ma main à la recherche des lambeaux de mon corps, au travers des draps. J’entendis les froissements de papiers que l’on déchirait avec colère. Je me réveillais brutalement. J’étais dans la chambre principale de l’appartement que m’avaient prêté des amis, partis en vacances. Sous le lit, leur chat combattait furieusement contre un vieux journal qu’il y avait traîné comme la dépouille d’une chasse victorieuse.

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