Au pays des Fourmis (Conte)

24 Jan Au pays des Fourmis (Conte)

Enfant, je ne pouvais m’en empêcher, c’était presque devenu mon passe-temps favori, quand je n’avais rien trouvé d’autre à faire : écraser les fourmis. Je savais très bien où les trouver, car elles empruntaient toujours le même chemin. Elles n’avaient pas encore compris le piège que leur tendait quotidiennement le monstre géant qui les exterminait avec autant d’application que de plaisir.

Lecteur assidu des aventures d’Astérix, j’affrontais des cohortes entières de l’armée de romains miniatures, mal protégés sous leurs carcasses légères, et mal desservis par l’absence totale d’un stratège de leur côté. Et je n’avais pas à me fatiguer beaucoup pour le massacre.

Je soulevais toujours les mêmes dalles, à les écraser méthodiquement sous le plat de mon pouce ou, lorsque celui-ci devenait trop sale ou trop souillé de morceaux de cadavres, de mon index.

Je me doutais bien qu’elles chercheraient à se venger un jour ou l’autre et j’imaginais déjà des expéditions punitives, processions impressionnantes de milliers de petites bêtes qui me captureraient et me traîneraient jusqu’au coeur de leur tannière pour me faire subir mille sévices.

Et pourtant, rien ne m’empêchait de revenir chaque jour et reprendre ma tâche. Je pensais souvent aux soirées pénibles qu’elles devaient passer toutes ensembles, et le constat répété à chaque fois de l’absence de pans entiers de leurs congénères. Mais rien ne changeait, comme si elles s’étaient crues enchaînées au sort fatal qui les attendaient presque toutes, dès le lendemain.

Oui, j’étais loin de me douter des surprises que la vie allait me réserver. Rien ne s’oublie, tout se paie. C’est derrière un paquet d’années, aussi épais que le nombre de divisions que j’avais anéanties, que je compris enfin que le temps de passer à leur tribunal était venu.

C’était un matin, ou un après-midi : je ne le sais plus. Comme aujourd’hui, ce devait être en janvier… Vous savez, quand le soleil paresseux ne perce plus les couches laiteuses des nuages, et que la lumière blafarde toute la journée ne vous permet plus de savoir l’heure qu’il est.

Je revenais de voyage, je devais être un peu fatigué. C’est sans doute pour cela que je ne remarquais pas tout de suite l’étrangeté des lieux où je m’étais rendu ce jour-là. Rien, dans l’invitation que j’avais reçue, ne différenciait des autres sollicitations fréquentes que je recevais pour mon travail à l’époque.

… à suivre

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